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Knock on Wood

Faubourg 36

26 Juin 2009 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Comme au CINEMA

Dans une interview,Christophe BARRATIER explique son travail de documentation pour le film:

http://www.faubourg36-lefilm.com/
 ( site et chanson )
36---imagesCA0I7XHJ.jpg
Les références étaient là. René Clair, Carné, Prévert, Duvivier, Clouzot... La Belle équipe,
Le Jour Se Lève, Pépé Le Moko, sans oublier des films plus mineurs, Prends La Route de Jean Boyer et des films tournés plus tard comme 36 Quai Des Orfèvres... et puis aussi, pour les numéros musicaux, rien de moins que Busby Berkeley !
 Avec les photos de Doisneau, de Brassaï, ils ont été la meilleure documentation qui soit.
Les films ne mentent pas, ou plutôt ils mentent comme on pouvait mentir à l’époque, et c’est ce qui est intéressant.
Mais on s’est aussi beaucoup documenté. Ma rencontre avec Pierre Philippe, un homme de grande culture, cinéaste, écrivain, m’a beaucoup aidé dans ma recherche du vraisemblable et des parfums de l’époque.
C’est sans doute le plus grand spécialiste du music-hall français. Un de ses livres, « L’Air et la Chanson » chez Grasset est une vraie mine d’or. Il m’a enrichi de nombreux détails.
Bien sûr, j’ai plongé dans les journaux - Le populaire, Le Parisien, L’intransigeant et même l’Action Française - pour m’imprégner du ton et de l’esprit de l’époque.
On apprend beaucoup à la lecture des chroniques ou des éditoriaux. Sans parler des oeuvres de Pierre Mac Orlan et Francis Carco ou d’écrivains plus oubliés comme Clément Lepidis, Eugene Dabit, Henri Calet.
La connaissance de la vie quotidienne était plus intéressante pour le film que toutes les statistiques.
Autant il est facile de connaître précisément le taux de chômage de 1936, autant il était difficile de cerner le quotidien des français, en particulier dans les couches populaires. Lépidis raconte que sa grand-mère allait chercher du lait à la ferme de la plaine St Denis...
Si le petit Jojo a son lit dans le salon, c’est que souvent, à l’époque, il n’y avait que deux pièces dans les appartements populaires - et bien sûr pas de salle de bain. Les murs n’étaient pas insonorisés et par conséquent il y avait toujours quelque part le bruit d’une radio.
Ce sont des détails quasi-subliminaux mais ils font la différence.
A condition de ne pas tomber dans l’écueil du documentaliste le « il ne manque pas un bouton de guêtre » et de se méfier du danger de l’exhaustif. Tout ce qui ne sert pas la dramaturgie doit être écarté, même si c’est parfois douloureux.
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http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/faubourg-36,83810-note-54074

Comment définiriez-vous leurs personnages ?

Allons y encore dans les références ! Pigoil, le personnage joué par Gérard Jugnot, je le voyais un peu comme ceux qu’interprétait Bernard Blier ou Jack Lemmon, un Monsieur « tout le monde » qui n’a au départ pas beaucoup de courage, pas beaucoup de force, rien d’un jeune premier, mais qui va trouver dans les événement qui se présentent, la force de devenir un héros malgré lui.
Pigoil et le môme Jojo, Jugnot et Maxence, c’est comme une suite spirituelle des Choristes : voilà comment Clément Mathieu aurait pu élever Pépinot ! Le personnage de Jacky Jacquet, que joue Kad, s’inscrit pour moi dans la tradition de ces grands excentriques interprétés par Jean Tissier, Le Vigan ou Carette.
Je me suis beaucoup servi de la candeur un peu enfantine que Kad dégage et que j’aime beaucoup.
Kad et Jacky Jacquet ont un point commun : ils sont toujours un peu épatés d’être là où ils en sont !
 Enfin, Milou, le personnage de Clovis, est une sorte de Reggiani ou de Gabin. Comme eux, il incarne naturellement cette aristocratie ouvrière si représentative de l’époque.
 D’autant qu’il a ce phrasé populaire qui lui permettait d’entrer dans le rôle comme dans un gant. Milou est quelqu’un de fier, qui s’est forgé une attitude d’indestructible.
Ce qui ne l’empêche pas de baratiner les filles en travestissant un peu la vérité. Jusqu’au jour où il croise Douce.
C’est comme Gabin : il paraît cloisonné dans son personnage jusqu’au moment où il tombe amoureux.


Vous n’avez pas craint de donner le personnage de Douce à une jeune inconnue, Nora Arnezeder...

Le personnage de Douce a été le plus difficile à écrire.
Pour faire la chasse aux clichés, je me demande toujours comment je réagirais, moi, dans telle situation.
J’essaie d’apporter ma complexité, mes angoisses, ma singularité. S’il s’agit d’un personnage féminin, cela demande plus d’imagination.
 De plus, nous partions d’une situation qui pouvait paraître convenue : cette jeune chanteuse qui arrive à paris pour devenir une star.
Comment lui trouver des ambiguïtés, des aspérités ? La rencontre avec Nora a influencé le personnage.
Au début, j’avais imaginé un personnage qui aurait plutôt 25-30 ans.
Et lorsque le casting a commencé, je me suis rendu compte que si cette fille avait 30 ans, ce n’était plus une jeune fille naïve, mais une arriviste, une allumeuse presque stupide !
A 30 ans, on arrive avec son passé, avec son histoire.
Or à 20 ans, il est normal de s’enthousiasmer, de changer d’avis, d’abandonner, de recommencer.
C’était donc l’âge idéal du personnage. Elle devait découvrir la vie.
 D’autre part, il était impératif que celle qui jouerait Douce sache vraiment chanter.
Et donc plutôt que de chercher une actrice qui chante, j’ai cherché une chanteuse qui joue, comme Jean-Baptiste Maunier pour Les Choristes.
Ça fait partie du plaisir de notre métier que de découvrir de nouveaux talents. C’est presque un devoir.
En plus, je trouvais plus malin pour les spectateurs qu’ils découvrent une inconnue jouant... le rôle d’une inconnue !
La surprise restait totale.
Nous avons fait passer des auditions pendant six mois à beaucoup de jeunes filles, connues ou non.
J’avais auditionné Nora dans les premières.
Au fond, je m’étais toujours dit que ce serait elle. J’ai continué les auditions pour épuiser toutes les possibilités mais plus je regardais ses essais, plus j’étais convaincu.
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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=60038.html

Autre découverte, autre révélation : Maxence Perrin, le fils de Jacques, qui joue le môme Jojo.
C’est facile de diriger son cousin ?


Maxence est effectivement mon petit cousin mais sur un plateau, je le traite comme un acteur.
 Je suis halluciné de sa ressemblance avec Jacques Perrin au même âge, celui que les cinéphiles observateurs peuvent reconnaître dans Les Portes De La Nuit de Carné.
Je l’avais déjà dirigé dans Les Choristes où il jouait le petit Pépinot.
Sa relation avec Gérard dans Faubourg 36 est presque une suite des Choristes.
Il est très doué. Il va maintenant entrer dans l’âge où il devra apprendre à faire prospérer son talent et passer aux étages supérieurs. Dès lors, tout lui sera ouvert


La partie musicale - les chansons de Douce, les numéros chantés et dansés du « Chansonia » - est extrêmement importante dans « Faubourg 36 ».
Comment avez-vous travaillé avec
Reinhardt Wagner et Frank Thomas ?

Je suis parti de leurs chansons, de l’univers qu’elles évoquaient. En chemin, lors de l’écriture du scénario, j’en ai abandonné certaines et leur ai demandé d’en composer d’autres...
Si, par exemple, « Le môme Jojo », « Attachez-moi », « Enterrée sous le bal » étaient là dès le départ, « Partir » - qui illustre si bien les thématiques d’espérance du Front populaire - a été écrite sur commande... Reinhardt, musicien de film de formation classique, a néanmoins toujours abordé la chanson.
C’est un mélodiste d’exception. Frank Thomas est plus qu’un parolier, c’est un poète, aux styles très divers.
 Il est capable d’écrire « Les Dalton » pour Joe Dassin, « Le téléphone pleure » pour Claude François mais aussi « Dites-moi » pour Michel Jonasz et « Louise » de Berliner ! Plusieurs centaines de ses chansons ont été enregistrées. Une grande carrière. C’est quelqu’un d’extrêmement lettré, un vrai auteur.
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Autre collaborateur essentiel dans un tel projet : le décorateur.
Pourquoi avoir choisi
Jean Rabasse ?

Comme pour les acteurs, j’ai cherché les gens qui étaient le mieux adaptés au projet. Très vite, j’ai admis qu’on ne pourrait pas tourner en décors naturels - le paris populaire des années 30 a totalement disparu à part quelques rues à montmartre - et qu’il nous faudrait tout construire.
 En me demandant quels étaient les grands décorateurs spécialisés dans la conception et surtout dans la construction des grands décors, je suis arrivé rapidement à Jean Rabasse, dont j’aimais aussi beaucoup le travail qu’il avait fait à côté du cinéma, notamment pour Le Cirque du Soleil.
 Par chance, il était libre !
Nous avons conçu un paris à la fois connu et inconnu, un peu comme dans les films à l’époque, où l’on est en lisière de la ville : il y a aussi bien les prés des maraîchers que les ateliers et les cheminées d’usine, les terrains vagues que les petits immeubles, les palissades et la ville qui s’étend et qu’on devine...
En pleine campagne, à 30 km de Prague, on a reconstruit à taille réelle cette petite place de paris et aussi bien sûr, le théâtre.
Extérieur et intérieur.
Quand j’écrivais, je cherchais ce que mes personnages pouvaient faire ensemble, le projet commun qui pouvait les réunir. En épluchant la documentation de l’époque, j’ai remarqué que le music-hall de quartier était un élément récurrent et omniprésent de la vie de quartier, et là, j’ai inventé «Le Chansonia».
Mon objectif n’était pas de rendre un « hommage » au music-hall mais de trouver un beau prétexte pour un film où le chant, la danse, le spectacle auraient leur place...
Ce théâtre, Jean l’a construit de A à Z.
Nous avons cherché un vrai théâtre, en France, en République Tchèque. En vain. De plus, dans un vrai théâtre, on aurait eu des tas de problèmes de mise en place, de mise en scène, d’immobilisation. Je voulais d’amples mouvements de caméra et être à l’aise pour filmer.
 Ce qu’a construit Jean était en fait un vrai théâtre - sauf qu’on pouvait bouger les cloisons ! - car il a été construit avec de vrais éléments. C’était un endroit incroyable.
Sa destruction a été un crève-cœur, l’impression de commettre un sacrilège

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