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Knock on Wood

le bien,le mal et la morale ?

22 Mars 2008 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Dans L'AIR DU TEMPS

bien-et-mal.jpg"A sa mort, mon père m'a laissé une lettre. Avec cette ultime injonction :
 "Sois raisonnable et humain !
"
 C'était il y a plus de trente ans, mais ces mots ne m'ont jamais quitté. "

C'est Axel Kahn qui parle

Il est biologiste et membre du comité national d'éthique jusqu'en 2004, est interrogé par le philosophe Christian Godin sur la nature et les fondements d'une morale sans Dieu, sans transcendance, mais non moins soucieuse de règles et de normes que les morales traditionnelles.

Christian Godin, philosophe, enseigne à l'Université de Clermont-Ferrand

 

L'homme rêve de posséder tous les pouvoirs, de dominer la nature, à commencer par la sienne.
Il y parvient presque, entre autres, grâce à la génétique.
 Dans une brillante approche, Axel Kahn s'interroge sur l'homme, son environnement et le monde animal, le déterminisme et la liberté, le progrès et la raison, le Bien et le Mal, la conception, la vie, la mort, la religion, la sexualité...

"Sois raisonnable et humain!" répète la voix de son père :
la Morale est-elle d'origine divine? …
Pourquoi les dix commandements ont-ils une réalité exprimée dans presque toutes les civilisations? …
Quelle différence peut-on définir entre la Morale et l'Ethique, entre le bien et le bon, entre l'obligatoire, l'interdit et le souhaitable?

 

 «Si Dieu n'existe pas, alors tout est permis», faisait dire Dostoïevski à l'un de ses personnages.

Est-ce vrai ?
 A-t-on besoin de Dieu pour fonder une morale, pour élaborer les règles du vivre-ensemble ?
 Une approche pluridisciplinaire faisant appel à la philosophie, aux sciences humaines, à l'ethnologie et aux neurosciences permet-elle d'élaborer une éthique délivrée des commandements révélés mais soucieuse de s'enraciner dans des principes ?

L'essai d'une morale sans transcendance qui est ici proposé parcourt tous les grands domaines où il est nécessaire et urgent de voir clair pour agir de façon «raisonnable et humaine», pour reprendre des adjectifs qu'affectionne Axel Kahn.


Extrait du prologue :


Morale et éthique

Morale et éthique : de l'identité au divorce.
Éthique et déontologie.
Le fait et la norme.
 Parfois, décrire, c'est prescrire.
 Sartre et la notion d'engagement.
Un cannibale implique-t-il l'humanité entière ?
L'autonomisation de la vie psychique.
La pulsion de mort. Le rapport à la mort et aux morts.
 La subjectivité est plus ancienne que les philo­sophes ne le disent.
 La pensée éthique face aux défis des découvertes et des innovations.
La question des principes.
 L'universalité morale. Une morale sans transcendance : Dostoïevski avait tort, même si Dieu n'existe pas, tout n'est pas permis. Bayle contre Locke.

Christian Godin -
Axel Kahn, vous êtes médecin, biologiste, et les questions de philosophie morale ont occupé et continuent d'occuper une bonne partie de votre existence. Vous êtes de ceux qui sont convaincus qu'il existe non seulement une responsabilité morale du travail scientifique, mais aussi une continuité réelle entre le point de départ biologique de la vie humaine et son point d'arrivée moral, même si vous prenez soin de ne pas réduire le second au premier.
Vous militez pour une «morale sans transcendance», autrement dit sans Dieu, indépendamment de la religion.
Pour introduire cette question, il convient, semble-t-il, de nous interroger sur le terme même de «morale» qui, par rapport à celui d'«éthique», joue aujourd'hui de manière particulière.
Au départ, il y avait identité entre les deux termes :
«morale» disait en latin ce que «éthique» disait en grec (on doit le mot à Cicéron qui était le grand traducteur des termes philosophiques grecs en latin).
Maintenant, si l'on considère la leçon des philosophes analytiques anglo-saxons pour qui un mot a d'abord le sens que l'usage lui donne, force est de constater qu'entre éthique et morale il existe désormais un divorce incroyable.

Axel Kahn - D'ailleurs il est curieux de constater que chez les représentants anglo-saxons de la philosophie utilitariste, l'éthique est une notion généralisée de l'objet de la déontologie, prise dans son sens commun, non strictement philosophique.
La déontologie fixe les devoirs particuliers d'un groupe humain, par exemple professionnel ; elle s'exprime alors sous la forme de «codes» des conduites reconnues comme éthiques par la profession.
L'éthique utilitariste semble se présenter souvent sous la forme d'une déontologie de la société.
Pour moi, la morale, si tant est que le mot ait un sens, est issue d'une éthique universelle.
J'aurais tendance à considérer que, s'il est vrai qu'une éthique universelle existe, alors elle est plus ou moins congruente avec la morale.
Certes, c'est l'homme qui a construit la morale, et pourtant l'injonction du bien et du mal, de faire le premier et de combattre le second, m'apparaît pouvoir se fonder sur des valeurs à vocation universelle.
 Une éthique, recherche de la voie bonne lorsque l'on aborde des terres nouvelles et des chemins inexplorés, en particulier ceux auxquels la science et la technique donnent accès, se rapproche fort de la morale dès lors qu'elle vaut pour la société en général.
La morale en tant que science du bien et du mal correspond à une éthique universelle, dont je vous propose de discuter les conditions d'édification : comment un être vivant peut-il être moral, comment cette disposition a-t-elle pu émerger ?
Les règles du bien et du mal ne s'appliquent bien sûr pas à toutes les décisions que l'on a à prendre dans sa vie quotidienne.
Cependant, elles constituent l'ossature de principes auxquels on se réfère pour orienter son action, individuelle ou collective.
L'effort éthique que produit une institution comme le Comité consultatif national d'éthique français consiste selon moi à apporter une réponse morale à une question nouvelle, par exemple dans le domaine des sciences et des innovations technologiques.

C. Godin - Le divorce actuel entre les usages des termes se caractérise par le fait que la morale a une base religieuse, alors que l'éthique n'en a pas, la morale traite des grands principes, alors que l'éthique concerne des problèmes beaucoup plus déterminés, la morale vient de la notion grégaire de moeurs, l'éthique est personnelle, la morale connote des interdits absolus alors que l'éthique bénéficie d'une souplesse plus séduisante.
L'éthique a tendance à remplacer le bien par le bon, l'obligatoire par le souhaitable et l'interdit par le non-souhaitable.
 La morale est générale, l'éthique est émiettée en particularismes moraux et professionnels.
L'éthique apparaît davantage liée à des comportements déterminés, à telle enseigne que l'expression «éthique appliquée» résonne comme un pléonasme. Si nous considérons que l'éthique est déjà une morale appliquée, alors l'éthique appliquée n'est qu'un pléonasme.

A. Kahn - Cela mérite que l'on retravaille l'idée.
 Si l'éthique n'est qu'une morale appliquée à la vie réelle, une recherche de la vie bonne dont la définition échappe aux préceptes, elle ne peut pas faire abstraction d'une injonction morale. (...)

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kahn.jpgAxel Kahn : l’éthique expliquée aux lycéens

 

 

http://www.canalacademie.com/Axel-Kahn-l-ethique-expliquee-aux.html

 

La morale distingue ce qui est bien de ce qui mal. L’éthique de son côté est surtout une réflexion sur ce qu’il convient de faire : en quoi la science, si elle débouche sur une pratique, permettrait-elle de dire qu’elle est moralement légitime si on l’applique à l’homme ?
Pourtant, êthos (grec) et moralis (latin) ont le même sens.

L’éthique est synonyme d’un dilemne à résoudre, d’incertitudes.
 Par exemple est-il éthique de prendre un embryon humain, de le détruire afin d’étudier des phénomènes et d’isoler des cellules dont on attend un grand progrès médical ?
Ici intervient le dilemne :
 Si l’embryon se développe, il devient une personne. Il est donc moralement légitime de respecter cette personne.
 Mais ne pas utiliser son intelligence pour essayer de porter remède aux malades n’est pas moralement légitime non plus.

les deux propositions sont rationnelles, logiques et pourtant contradictoires

 

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