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Knock on Wood

Audrey TAUTOU,le retour ?

1 Novembre 2022 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Comme au CINEMA

 

Quand elle a défilé pour la maison AMI lors de la Fashion Week en juin, tout le monde s’est demandé si Audrey Tautou était enfin de retour.

Elle explique ce qui l’a poussée à disparaître, et pourquoi son désir de cinéma est encore intact.

Mais pas forcément devant la caméra.

Elle est pourtant là, chevelure bouclée, posant sous des projecteurs en short et cuissardes, aussi frêle qu’il y a vingt ans.

« Un elfe », comme dit joliment le réalisateur Jean-Pierre Jeunet qui lui a offert une aura internationale grâce au Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (2001).

Elle plaisante avec le photographe, s’assied, se redresse, lève le menton, sourit quand il faut, ça n’a pas l’air de lui peser.

Elle va se changer, passe sur ses talons de 12 centimètres devant l’écran de retour, aperçoit son image : « On dirait Dani », glisse-t-elle en s’amusant, avant de lancer un regard pétillant vers l’équipe d’AMI, la marque qui l’habille aujourd’hui et l’a remise en lumière le 23 juin dernier.

C’était le premier défilé de mode de sa vie.

Et là, dans deux minutes, à l’issue de la séance photo, ce sera son premier long entretien depuis... depuis combien de temps, au fait ?

Que va-t- on célébrer avec elle, un vrai retour à la lumière ou une apparition éclair ?

« Elle est lucide, autonome, précise, pleine d’esprit, c’est une bête de plateau », m’a assuré Pierre Salvadori, qui l’a dirigée dans trois films – il faut revoir En liberté (2018), où l’actrice endosse un petit rôle subtil et émouvant, l’un de ses derniers.

« Elle pose peu de questions mais c’est toujours pertinent, elle est extrêmement intelligente », renchérit David Foenkinos, qui lui a donné le premier rôle de La Délicatesse (2011).

« Elle peut être drôle, tragique, technique, elle sait tout faire », ajoute Jean-Pierre Jeunet. Tous saluent son talent « hors normes », rêvent de la faire revenir au cinéma, comprennent mal qu’elle s’obstine à décliner les propositions.

« Bon courage pour s’y retrouver, dans le labyrinthe d’Audrey », m’a lancé en conclusion Pierre Salvadori.

23 juin 2022

Finalement non, Tautou n’est pas Garbo.

Elle arrive sourire aux lèvres, très simple, directe, articulée, exquisément polie, chuchote en rigolant que ses propos ne « vont pas changer la face du monde ».

Quand je lui demande pourquoi elle a renoncé au cinéma, elle corrige :

« Je n’ai jamais dit que j’arrêtais, je ne le dirai jamais car ce n’est pas la vérité. On n’arrête jamais d’être actrice. »

Elle ajoute : « J’adore tourner, j’adore l’ambiance d’un film, je n’ai jamais été ni déçue ni malmenée, au contraire. J’ai été très gâtée dans ce métier. »

Vraiment ? Je dois avoir l’œil rond, car elle insiste : « Sincèrement, j’ai toujours été très heureuse. Ce n’est pas un mensonge. »

 Pourquoi cette disparition ?

La question taraude tous ceux qui l’approchent. Après tout, on le sait, le cinéma, elle en rêvait depuis toujours.

D’accord, à 14 ans, cette fille d’un chirurgien-dentiste et d’une pédiatre voulait être primatologue à la Dian Fossey.

Mais, accompagnée de sa mère, elle s’est inscrite au cours Florent tout en suivant des études de lettres.

Là, elle fantasme sur tous les emplois. « Je détonnais au milieu de mes copines car pour moi, être sur scène ou en coulisse ne faisait pas de différence. J’aurais pu devenir costumière. »

Elle enchaîne vite. « Travailler avec un metteur en scène au théâtre ou au cinéma, ressentir l’énergie d’un plateau, c’est un vrai bonheur. Je ne m’en suis jamais lassée. »

L’un de ses amis raconte qu’enfant elle a eu une prémonition: en regardant la cérémonie des Césars à la télévision, elle a « su » qu’elle en décrocherait un, et même aux alentours de l’an 2000. C’est ce qui est arrivé.

Audrey Tautou a reçu le César du meilleur espoir féminin cette année-là, pour son rôle dans Vénus beauté (Institut), une comédie douce-amère de Tonie Marshall.

Jean-Pierre Jeunet l’avait déjà remarquée sur l’affiche, un an plus tôt.

Dès le premier essai, il est bluffé : « Elle avait tout compris. » Il se souvient qu’avant même le tournage d’Amélie Poulain, la jeune fille répétait qu’elle voulait prendre le métro avec son sac à dos, sans être sollicitée. « Ils embauchent au supermarché à côté », la taquinait-il. Et elle le concédait : « Oui, je sais, j’ai de la chance. »

«J’ai toujours été hypersérieuse, revendique-t-elle, mais je n’ai jamais pu me prendre au sérieux»

Et voilà comment est née l’une des dernières stars d’avant l’ère des réseaux sociaux. Lorsque sort en 2001 Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, une projection est organisée à l’Élysée.

Le président Chirac l’accueille en s’étonnant : « Ah, je croyais que vous ne deviez pas être là. » L’actrice réplique : « Il faut vérifier vos sources. »

Quand les lumières se rallument, Chirac applaudit : « J’ai une de ces patates, je vais retourner travailler, c’est la meilleure soirée de ma vie. » Le succès du film est colossal. Il s’exporte un peu partout dans le monde. « Si l’on additionne la France et l’étranger, Amélie Poulain a fait 33 millions d’entrées », détaille Jeunet.

À 25 ans, Audrey Tautou est bientôt l’objet d’un culte planétaire, dont peu d’actrices françaises peuvent se targuer. En Russie comme au Japon, partout et pendant des années, on l’accueille avec des fleurs et des larmes d’émotion.

Si elle « adore » son métier, c’est donc juste la notoriété qu’il fallait déminer ?

Elle me dévisage un instant, bien droite sur son fauteuil en fer.

« La célébrité m’a pesé quand elle m’est tombée dessus avec Amélie, dit-elle, c’était tellement énorme, du jour au lendemain, et dans le monde entier. » Une déflagration assourdissante quand on n’en a pas rêvé. Plus question de partir incognito en voyage itinérant, comme elle aime. « Moi, j’ai besoin d’une immense liberté. J’ai essayé d’avoir la même vie qu’avant, tout en ayant constamment les regards braqués sur moi, mais c’était difficile à gérer. »

Alors dans la rue, la jeune Audrey s’encapuchonne ou se visse une casquette sur le crâne, puis avance tête baissée, corps noyé dans des vêtements trop larges.

Elle se réapproprie son image en se prenant en photo au fil des ans, créant à l’argentique son propre personnage. Des images regroupées sous le titre Superfacial : « L’autodérision qu’il peut y avoir dans chacun de ces autoportraits, ça c’est moi », me dit-elle.

Un jour de 2004, lors de la promotion d’Un long dimanche de fiançailles, autre film de Jeunet, on la voit débouler en interview, un Nikon à la main. Comme en écho, elle renvoie aux journalistes perplexes son statut d’objet et, dès lors, les photographie systématiquement à la fin de chaque entretien

................. 10 févr. 2021_ Que se passe-t-il dans cet extrait de Da Vinci Code ? Robert (Tom Hanks de Cast Away, The Green Mile et Forrest Gump) et Sophie (Audrey Tautou d'Amélie et Coco avant Chanel) rendent visite à l'ami de Langdon, Sir Leigh Teabing (Ian McKellen de Richard III, X-Men et Le Seigneur des Anneaux), un expert du Saint Graal. Teabing affirme que le Graal n'est pas une coupe mais plutôt Marie-Madeleine. Il dit qu'elle n'était pas une prostituée mais la femme de Jésus-Christ.

Sa carrière s’envole. Des films se montent sur son nom.

Les réalisateurs étrangers la demandent. Loin de se jeter sur les rôles, elle en accepte avec parcimonie et circonspection.

« Après Amélie Poulain, Audrey n’a guère tourné plus d’un long-métrage par an pendant une décennie, observe le producteur Philippe Martin. Mais elle a enchaîné six ou sept films à deux millions d’entrées. »

Premier rôle féminin dans Dirty Pretty Things (2002, Stephen Frears), elle joue pour Cédric Klapisch dans la trilogie de L’Auberge espagnole entre 2002 et 2013, travaille avec Alain Resnais, Claude Miller, Amos Kollek.

 

👈En 2005 elle incarne face à Tom Hanks l’héroïne du Da Vinci Code de Ron Howard. C’est un triomphe.

Mais elle confie à ses intimes qu’elle ne veut pas de ce « pouvoir ».

Le réalisateur et l’acteur raconteront ensuite qu’ils étaient incapables de dire si elle les appréciait ou non. Ont-ils alors ressenti son ambivalence grandissante ?

Audrey Tautou continue toutefois d’honorer ses contrats. « Ma carrière était dans un engrenage », souffle-t-elle.

......................9 mars 2009_ Bande annonce du film "COCO AVANT CHANEL" réalisé par Anne Fontaine avec Audrey Tautou et Benoît Poelvoorde.Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan, parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera " la femme de personne ", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer.

 

 

👈Elle campe pour Anne Fontaine le rôle-titre de Coco avant Chanel et prête en 2009 son image au parfum N°5 de la maison de couture.

En 2010, elle monte sur les planches pour incarner Nora dans Maison de poupée, la pièce de Henrik Ibsen mise en scène par Michel Fau.

Maîtresse de cérémonie du Festival de Cannes en 2013, elle apparaît vêtue d’une robe de Yiqing Yin, jeune styliste alors peu connue. Elle a rédigé elle-même son discours. « Je suis autonome et assez dégourdie, dit-elle. J’ai la mauvaise habitude de vouloir faire les choses moi-même. »

Outre le César, elle a remporté deux prix Lumière. Les tournages l’exaltent toujours, dit-elle à l’époque. Mais le cœur n’y est plus. Les stratégies de carrière l’encombrent.

L’actrice décide de prendre peu à peu son destin professionnel en main. Discrète, elle n’annonce rien, glisse juste ici ou là qu’il pourrait lui arriver d’éviter les emplois trop exposés, y compris dans le cinéma américain.

.. Audrey Tautou : première star à débarquer sur la Croisette ! C'est une avalanche de star qui défilent en ce moment à l'aéroport de Nice, quelques heures seulement avant le lancement de la 67e édition du Festival de Cannes !Et la première a avoir posé ses valises au cœur de la Croisette est l'actrice Audrey Tautou !Maîtresse de cérémonie l'année dernière, l'actrice de 37 ans a d'ailleurs choisi de se mettre directement dans le bain des festivités en mitraillant les paparazzis avec son propre appareil photo !Que pensez-vous de l'arrivée sympathique d'Audrey Toutou ? Parfaite pour donner le ton dès sa descente de l'avion, n'est-ce pas ?
......................CANNES 2013 : VIDÉO CÉRÉMONIE FESTIVAL DE CANNES : Audrey Tautou

La crainte d’être oubliée ne la concerne pas : dix ans après Amélie Poulain, les touristes continuent à chercher son café à Montmartre.

En juin 2011, lors d’un festival de cinéma à São Paulo, sa présence dans un musée provoque un mouvement de foule, quand « Catherine Deneuve peut continuer à contempler les tableaux en paix », se souvient un témoin de la scène

Elle n’hésite plus à mettre en jeu sa réputation et à dire non aux plus grands.

« J’ai envie de jouer dans un premier film », répond-elle à David Foenkinos et à son frère lorsqu’en 2010 ils l’invitent timidement à jouer l’héroïne de La Délicatesse. 

Le livre n’est pas encore un succès, et on la dit alors « super bankable ». Un matin où le tandem des frères Foenkinos cherche ses marques sur le plateau, elle les rassure : « Même Ron Howard ne sait pas toujours où mettre sa caméra. »

Ceux qui l’ont fait tourner l’affirment : elle joue le film plus que son ego, s’y donne corps et âme, s’intéresse à tout, saisit au quart de tour ce qu’on lui demande, mais se fiche de sa carrière.

« La plupart des acteurs ont besoin des regards et du désir des autres, elle n’en dépend pas », assure le producteur Philippe Martin.

Elle ralentit, supporte moins la comédie de la promotion des films, finit par se séparer de son agent pour ne plus dépendre de qui que ce soit. Seuls les rôles secondaires retiennent son intérêt.

Des choix « affectifs », par principe. « À chaque fois que j’ai dit oui, c’était pour le metteur en scène mais aussi pour l’expérience, pour l’aventure. » Ces mots-là, on sent qu’elle les savoure.

Pour l’aventure, donc, elle accepte d’incarner Simone Cousteau dans L’Odyssée (2016), le biopic de Jérôme Salle consacré au mythique commandant.

« Aller en Antarctique, j’en avais toujours rêvé, raconte-t-elle. J’ai une passion pour la voile. J’ai même un jour barré un bateau au Cap Horn, je n’étais pas peu fière. »

En 2017, surprise, Audrey Tautou expose aux Rencontres d’Arles ses autoportraits et ses photos de journalistes – ce n’était donc pas une facétie. Ses trois derniers films sortent.

Soudain, en 2019, pfuitt, Amélie Poulain s’est volatilisée.

« Je n’ai rien fui, assure Audrey Tautou. J’ai décidé d’ouvrir une parenthèse dans cette vie-là pour pouvoir faire autre chose. » Quoi ?

« Mes projets. Je n’ai jamais eu le temps d’avoir l’esprit assez tranquille pour m’y consacrer. J’ai beaucoup travaillé. Mais mon équilibre, ce n’est pas ça. »

Quels projets ? Elle me fixe de cet œil noir velours :

« Je suis dans l’écriture. J’écris un scénario et j’ai rédigé une histoire pour enfants que je suis en train d’illustrer. » Elle préfère ne pas en dévoiler les sujets, c’est trop tôt.

Pour le livre, elle a déjà un éditeur qui l’attend et qu’elle apprécie – « Ça fait prétentieux, non? » Elle travaille sur les études de ses personnages. « En fonction du résultat, on verra.

J’aime aussi beaucoup dessiner, ça m’accompagne depuis toujours. » Enfin, elle a la ferme intention de publier un album photos autour de son exposition à Arles, avec un texte plus personnel qu’un simple catalogue.

« Ces projets-là sont bien avancés. Mais si vous saviez tout ce que j’ai, oh là là ! Je voudrais m’en délester et après... »

Au moment où je commence à saisir son désir puissant d’exister autrement qu’à l’écran, elle assène : « Après, je reviendrai faire un métier facile pour moi, comme celui d’actrice que je connais bien. »

Ce n’est donc pas fini ? Et ce scénario qu’elle concocte ?

« C’est laborieux, je me souhaite juste de pouvoir le concrétiser avant que cela devienne ridicule que je joue dans ce film-là. »

Elle devance mon interrogation. « Mon objectif n’était pas de me tailler un rôle, il y a des metteurs en scène bien plus doués que moi. »

Il y a quelque chose d’intense et de si foncièrement franc chez elle que sa vérité s’impose. On la croit quand elle dit se moquer de son image, vouloir vivre toutes ses vies.

On l’écoute quand elle cite le chanteur belge Julos Beaucarne : « Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent/Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents/Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-même. »

L’actrice souffle : « Ça me guide. Je veux vivre mon rêve, pas celui qu’on projette sur moi. » Elle prévient, et sa voix emprunte une tonalité étrangement solennelle : « Je suis “ininfluençable”. »

Elle aime bien se débrouiller seule. Son appartement parisien déborde d’objets fabriqués de ses mains. Et il lui arrive encore de voyager dans un camping-car dont elle a bricolé certains accessoires.

Évidemment non, elle n’est pas sur les réseaux sociaux.

Elle se marre : « Et mon téléphone date de 2013, regardez ! » Il tient avec un morceau de ruban adhésif. « Je pourrais le perdre demain, ça m’est complètement égal. » Et de préciser : « Je n’ai pas besoin de grand-monde, j’ai cette force-là. »

N’importe qui aurait tenté de construire sa carrière en menant ses projets. Elle non, il fallait choisir.

« Je suis quelqu’un de très entier, confie-t-elle. Quand je travaille, je me donne à 100 %. Les tournages m’essorent complètement. »

Perfectionniste, elle raconte qu’elle est incapable d’ouvrir un roman durant ces périodes : « Je n’arrive pas à me mettre dans une autre histoire que celle que je suis en train de tourner. » Audrey Tautou est un cas, d’une densité rare sur un plateau. Elle en tremble parfois.

« Audrey a une capacité de concentration énorme, rapporte le réalisateur Pierre Salvadori. C’est ce qui l’épuise et rend son jeu si puissant. »

Il lui a fallu du temps, dit-elle, pour se préférer. « Quand on assume ses choix, on ne peut jamais les regretter. Il n’y a pas de recette de bonheur universelle. À chacun son chemin. »

Cette fois, elle cite Nelson Mandela :

« Que vos choix soient le reflet de vos espoirs et non de vos peurs. »

D’une moue gracieuse, elle précise : « J’avoue que je suis très, très heureuse. Je n’aurais pas dit ça il y a dix ans. »

Sa vie privée y est pour quelque chose. Par principe, Audrey Tautou n’en parle pas.

On sait qu’elle a vécu avec le chanteur Matthieu Chedid, puis avec le producteur Yann Le Bourbouac’h.

Mais c’est seule qu’elle a adopté une petite fille originaire du Vietnam en février 2019.

« Je n’en ai jamais parlé publiquement, jamais ! Si je l’évoque, c’est que je ne peux pas taire le cœur de ma vie. Ce serait une interview un peu fausse, si je ne vous en parlais pas. »

Elle raconte qu’elle a toujours eu envie de cette forme de maternité, et que « la vie » l’a menée jusqu’à cette décision.

« Après de très nombreuses années de combat, incertain, traumatisant, j’ai connu ce bonheur qui va au-delà de ce que j’espérais, me dit-elle.

Les moments que je passe avec mon petit trésor, je me suis permis de ne pas les rater sous prétexte que je devrais travailler. » Ces moments n’ont pas de prix, insiste-t-elle.

« Un livre, un film, une expo, si ce n’est pas moi, ce sera une autre... »

Ce n’est pas exactement ce que pensent ceux qui, dans le milieu de cinéma, espèrent son retour.

« Je sais qu’un jour je recommencerai, je ne sais pas quand. Cela peut être demain comme dans dix ans. »

Elle sourit : « Je ne me crois pas indispensable non plus ! Mais je reste très attentive à ce qui se passe. J’aime trop mon métier pour ne pas y revenir. »

Et pourquoi pas comme réalisatrice ? « Oui, peut-être un jour, réplique-t-elle. Mais si je devais me lancer dans une aventure comme celle-ci, ce ne serait pas sans travailler et apprendre beaucoup avant. »

Jean-Pierre Jeunet n’en finit pas de s’interroger sur l’éclipse de son ex-actrice fétiche. « Je suis super client d’Audrey.

Elle est tellement merveilleuse. Je l’ai vue un jour dans un petit rôle, j’étais gêné pour l’actrice en face d’elle, tant elle l’écrasait. Quand on a un tel don, c’est dommage de le refuser. »

Elle lui a demandé, comme à d’autres, de l’appeler en premier s’il pense à un rôle pour elle. « Mais quand j’ai un projet, elle me répond qu’elle ne tourne plus. »

En revanche, souligne-t-il, elle est capable d’accepter de prêter sa voix parmi 35 acteurs dans Deux escargots s’en vont, un film d’animation de trois minutes inspiré d’un poème de Prévert.

Elle est comme ça, Audrey Tautou, généreuse, bienveillante, tout le monde le dit, même si on la sait capable de se montrer tranchante.

« Elle a tellement d’intensité qu’elle fait rayonner tous ceux qui s’approchent d’elle », a dit un jour Édouard Baer, après avoir tourné avec elle dans Dieu est grand, je suis toute petite, de Pascale Bailly.

.........................27 juin 2022_ Audrey Tautou fait sensation à la Fashion de Paris. L’actrice défile sur la butte Montmartre, au pied du Sacré Cœur, pour la marque Ami. L’emblématique quartier parisien reste éternellement associé à Amélie Poulain qu’elle incarnait au début des années 2000. Après des années loin des projecteurs, elle se montre toujours aussi divine et naturelle… D’une fraîcheur absolue.

Alors qu’elle décline tout au cinéma, elle est capable d’accepter de jouer les mannequins.

👈Quand Alexandre Mattiussi, le créateur de la maison AMI, lui a proposé d’ouvrir le défilé de sa nouvelle collection à Montmartre, elle a commencé par dire non. Pas à cause de la réminiscence cinématographique, ça l’amusait plutôt.

Le créateur avait même choisi les marches du Sacré-Cœur pour le clin d’œil au logo d’AMI, formé par un A et un cœur rouge. Mais non, décidément, elle ne le sentait pas. « Défiler, c’est tellement pas un exercice dans lequel je me sens à l’aise. »

Dans la nuit, pourtant, Audrey flanche. « Au fond, me dit-elle, j’étais assez flattée qu’on me fasse cette proposition, qu’on pense à une femme de mon âge, un petit peu sauvage... » Malgré sa silhouette d’ado, elle se dit qu’on ne lui fera plus jamais ce genre d’offre. La marque lui plaît bien. Et l’ambiance Amélie Poulain ajoute une légitimité.

« Et puis, je suis super curieuse, ajoute-t-elle. J’avais envie de voir les coulisses d’un défilé, tout le travail derrière. » La costumière se réveille en elle. « J’ai accepté pour l’expérience, je n’ai pas regretté. »

J’aperçois de rares cheveux blancs sur sa tignasse sombre. Le temps passe, Audrey Tautou a 46 ans.

« J’aimerais ressembler à ces femmes qui assument leur âge, leur liberté, résister à cette pression qui incite à montrer un visage jeune quand on ne l’est plus. C’est une forme de servitude. »

Il y a un sous-texte « machiste » dans ces histoires, relève-t-elle. « Moi, un homme aux cheveux teints, ça ne me fait pas rêver.

Pourquoi trouverait-on vilaine une femme aux cheveux blancs ?

Si on a envie de les teindre, pas de problème. Je l’ai fait, je le referai. Mais je ne retoucherai pas mon visage, jamais. » Elle hoche la tête :

« Trouver qu’un visage artificiellement jeune est plus beau que celui qui fait son âge, je ne comprends pas. Se muer en femme un peu hybride, je ne vois pas ce que ça apporte en mieux-être. » Attentive à ne blesser personne, elle répète pourtant : « Chacun fait ce qu’il veut, pas question de juger. »

D’ailleurs, Audrey Tautou tient à préciser que la parole des acteurs n’est pas forcément utile à l’intérêt général.

« Cela ne veut pas dire qu’ils doivent se taire. Mais chacun donne son avis, une petite phrase en chasse une autre, et à quoi bon? Quel poids représente mon opinion, si je suis incapable de contribuer à résoudre les problèmes, si je ne suis bonne qu’à enchaîner des lieux communs ou à prendre des positions de bon sens ? »

S’exprimer quand on est investie dans une association qui veut changer le monde, voilà qui aurait davantage de sens, argue-t-elle.

Ça ne l’empêche pas d’être révoltée par « les violences qu’on inflige aux femmes, précise-t-elle. Mais pas plus aux actrices qu’à celle qui se fait tabasser par son mec parce qu’elle a laissé brûler le gratin dauphinois ».

Elle affirme que, dans sa vie professionnelle, jamais elle n’a été harcelée ni agressée, puis elle se tait, soudain gênée, soupire : « Je viens de vous parler d’un sujet grave juste après avoir posé pour des photos, ça n’aura aucune incidence sur la situation des femmes. » On la sent hésiter.

Finalement, elle balaie ces scrupules, dégaine un dernier message, énoncé en articulant soigneusement les syllabes : « Si tu te fais taper dessus, tu t’en vas ! Et n’espère pas que les choses changent. Tu t’en vas. Tu mérites d’être aimée. Et aimer, ce n’est pas ça. »

On a envie de lui dire : « Et toi, tu mérites de vivre ta vie comme tu l’entends. » Continuer à noircir des milliers de pages, comme avant. Voyager à travers le monde, dès que la vie de famille le permettra. Terminer l’histoire pour enfants, les illustrations, le livre autour de l’expo présentée à Arles, ce scénario qui lui prend la tête. Et retourner sous les projecteurs sans se laisser dévorer. Ce n’est pas si dur d’être connu, si les paparazzis s’abstiennent de vous mitrailler au restaurant.

Et puis, n’est-ce pas paradoxal de tourner le dos à son statut de star à une époque où, dès l’âge de 12 ans, chacun rêve d’engranger une armée de followers sur les réseaux sociaux ?

La réplique jaillit, désarmante : « Mais je suis une star ! Je reste une star ! N’importe où dans le monde, on me reconnaît. Cela ne m’ennuie pas, ça ne m’excite pas, ça m’indiffère. »

La vraie vie, c’est peut-être ça : ne pas se laisser vampiriser par son image.

Il faut dire qu’en 2019, Audrey Tautou a découvert une autre vie : celle de devenir maman. En février de cette année, c’est seule qu’elle adopte une petite fille vietnamienne. Une adoption qu’elle avait gardée secrète. Mais lors de son interview à Vanity Fair, elle s’est confiée sur sa maternité : « Je n’en ai jamais parlé publiquement, jamais ! Si je l’évoque, c’est que je ne peux taire le cœur de ma vie. Ce serait une interview un peu fausse, si je ne vous en parlais pas. »

Devenir mère n’a pas été simple pour l’actrice, âgée de 46 ans aujourd’hui : « Après de très nombreuses années de combat, incertain, traumatisant, j’ai connu ce bonheur quoi va au-delà de ce que j’espérais. Les moments que je passe avec mon petit trésor, je me suis permis de ne pas les rater sous prétexte que je devrais travailler. Ces moments n’ont pas de prix. »

Côté activité, pour l’instant Audrey Tautou travaille sur une histoire pour enfant qu’elle illustrera.

.................Herby Moreau rencontre Audrey Tautou à Paris District V Avril 2014
..... « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » fête ses 20 ans. À l’affiche, une Audrey Tautou au sommet de sa gloire. Depuis 2016, l’actrice se fait plus discrète et se concentre sur des projets personnels.
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