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Knock on Wood

Nazisme,Ukraine,Propagande Russe : Réflexions sur la banalité du mal… et du bien.

8 Juillet 2022 , Rédigé par Ipsus Publié dans #EUROPE de l'Atlantique à l'Oural, #GEOPOLITIQUE

En 2014, lors de l'annexion de la Crimée et de la guerre dans le Donbass, la Russie usait déjà de cet argument en ciblant l'Ukraine «fasciste».

Un anathème qui semble englober les nationalistes ukrainiens en tout genre ,plutôt qu'une hypothétique menace néonazie.

Alors, pur élément de propagande ou véritable inquiétude du Kremlin ?

Y a-t-il toujours des partisans d'Hitler en Ukraine ?

Et peuvent-ils légitimer l'invasion d'un pays souverain ?

 

La « banalité du mal »

est un concept philosophique développé

par Hannah Arendt ,en 1963, dans son ouvrage

Eichmann à Jérusalem :

                             Rapport sur la banalité du mal.

l'historien Jean Marc Chouraqui , reprend egalement ce thème

dans un article du 20.5.2022 👇

 

Du fait de la propagande,il n'est pas facile de s'y retrouver en Ukraine,tout comme en Russie ,

car les références avec la seconde guerre mondiale ,servent de slogans,pour déconsidérer l'adversaire 

le NAZISME sert de prétexte ,comme "grille de lecture " et les Historiens manquent encore de preuves et de recul 

Il ne nous appartient pas de qualifier ce qui se passe en Ukraine de Genocide,de crime contre l'Humanité ou de crime de guerre 

Comme certains analystes l'ont rappelé,le seul nombre de morts ne suffit pas à définir la situation réelle , car il y a toujours des morts de trop,principalement,lorsqu'il s'agit de civils 

Il s'ajoute un contexte,une planification et d'autres facteurs,rentrant en ligne de compte

Beaucoup de pays n'ayant pas adhéré à la Cour Penale Internationale,ne reconnaissent pas ses conclusions

Il y a déjà des " commissions d'enquêtes " sur le terrain  et comme chaque jour,il y a des bombardements ,le bilan est loin de pouvoir etre fait .

Mais il sera très lourd 

Chaque Pays a son histoire,ses souffrances,certaines revanches à prendre 

Et puis il y a ceux qui n'ont rien demandé,les " boucs émissaires " à qui ont fait supporter l'indescriptible 

Quand on parle de "nazisme" ,l'ANTISEMITISME " n'est jamais bien loin et certains articles mettent en évidence,que certains " revisitent l'Histoire " ...de l'Atlantique à l'Oural

la mémoire de la Shoah en URSS a longtemps gommé la judéité des victimes des nazis, souvent épaulés par les populations locales.

La propagande poutinienne assène sans relâche que « l’opération spéciale » lancée le 24 février 2022 a pour but essentiel de dénazifier l’Ukraine.

Les médias à la solde du Kremlin clament à qui mieux mieux que les Ukrainiens ont été des collaborateurs de l’occupant nazi, qu’ils ont assassiné des « paisibles citoyens soviétiques » et que leurs successeurs actuels perpètrent un « génocide » antirusse dans le Donbass.

Stepan Bandera (1909-1959) et les milices nationalistes ukrainiennes, fortes de quelques milliers d’hommes, personnalisent ce supposé fanatisme meurtrier « fasciste ».

on verra + loin,

l'analyse qu'en fait l'italien Massimo Introvigne ( dossier N°2 )

Les combattants de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) formée en octobre 1942 ont commis des assassinats de masse… visant en particulier les Polonais (cent mille auraient péri en 1942 et 1943 dans la province de Volhynie) et les juifs du sud-est de la Pologne : les pogroms de Lviv (30 juin-29 juillet 1941) et la terreur semée dans la région de Ternopil et Stanislawow (12 octobre 1941) ont fait des milliers de victimes.

C’était l’époque où les nationalistes extrémistes croyaient pouvoir profiter de la défaite soviétique pour refonder un Etat national sous la protection allemande.

Las, Bandera, dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-b), a été déporté en janvier 1942 après que la déclaration d’indépendance du 30 juin 1941 a été rejetée par Hitler.

Après 1945, l’historiographie soviétique a érigé Bandera, l’OUN et l’UPA en symboles du « fascisme » autochtone pronazi.

Grande a donc été l’émotion en Russie quand, mû par la volonté de trouver des héros nationaux et des causes pour cristalliser l’identité ukrainienne, le pouvoir actuel a réhabilité Bandera et d’autres chefs coupables de crimes de guerre et complices de crimes contre l’humanité.

Ce conflit mémoriel entre Russes et Ukrainiens obère le fait que la Shoah a été planifiée par les nazis et pour l’essentiel mise à exécution par des soldats allemands.

C’est le cas, dans la phase juin 1941 – janvier 1942, des fusillades de masse, ou par la suite de l’enfermement dans les ghettos, puis en 1942 de la mise à mort industrielle dans le camp d’extermination de Belzec, en Pologne.

Surtout, la situation actuelle découle des ambiguïtés de la mémoire de la Shoah en URSS – tour à tour dénoncée publiquement et omise de l’histoire officielle, tolérée au niveau régional et surtout local, tout en étant réprimée si elle naissait de l’initiative spontanée des simples Soviétiques.

Le site de Babi Yar, dans les faubourgs de Kiev, offre un concentré de cette ambivalence lourde de conséquences.

Massimo Introvigne (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue italien des religions.

Il est le fondateur et directeur général du Centre d'études sur les nouvelles religions (CESNUR), un réseau international d'universitaires qui étudient les nouveaux mouvements religieux. Introvigne est l'auteur de quelque 70 livres et de plus de 100 articles dans le domaine de la sociologie des religions. Il était l'auteur principal de l'Enciclopedia delle religioni in Italia (Encyclopédie des religions en Italie).

Il est membre du comité de rédaction de l'Interdisciplinary Journal of Research on Religion et du comité exécutif de Nova Religio de University of California Press.

Du 5 janvier au 31 décembre 2011, il a été le « Représentant pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, avec un accent particulier sur la discrimination contre les chrétiens et les membres d'autres religions » de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ( OSCE).

De 2012 à 2015, il a été président de l'Observatoire de la liberté religieuse, institué par le ministère italien des Affaires étrangères afin de surveiller les problèmes de liberté religieuse à l'échelle mondiale.

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Il est maintenant temps de tirer des conclusions des six articles que j’ai consacrés à la question du nazisme en Ukraine. Ils montrent, je pense, que la propagande n’est que de la propagande, et la propagande de guerre est rarement de l’information.

Le nationalisme ukrainien et le mouvement du 19e siècle pour une Ukraine indépendante avaient une composante antisémite mais l’antisémitisme était malheureusement répandu presque partout à l’époque. Dans une série antérieure de Bitter Winter sur l’accusation antisémite de meurtre rituel, la fausse accusation selon laquelle les Juifs tuaient des enfants chrétiens afin d’utiliser leur sang pour des rites ésotériques, j’ai parlé du procès de Beilis en 1913. Ce fut l’un des cas les plus graves d’accusation de meurtre rituel, et ceci s’est passé à Kiev. Mais il est aussi vrai qu’un jury de citoyens ordinaires de Kiev a finalement trouvé non coupable l’accusé juif, Menahem Mendel Beilis (1874-1934).

Il y a eu des pogroms horribles en Ukraine, y compris dans la brève république ukrainienne indépendante de 1917-1920, mais il y a également eu des pogroms en Russie. Personnellement, je suis catholique romain et j’ai honte du rôle que des évêques et des prêtres catholiques, y compris dans l’ouest de l’Ukraine, ont joué dans la diffusion de l’antisémitisme. Pourtant, ceci n’était de nouveau pas une caractéristique distincte de l’Ukraine, vu que les chrétiens ont répandu l’antisémitisme dans plusieurs pays. Des activistes antisémites orthodoxes russes ont fabriqué les tristement célèbres “Protocoles des Sages de Sion” et ont produit d’autres matériaux antisémites qui ont circulé dans le monde.

L’histoire de l’Ukraine après l’indépendance est dominée par la tragédie de l’Holodomor, la famine artificielle créée par Staline pour exterminer les petits propriétaires terriens ukrainiens. Il les soupçonnait de continuer à soutenir le séparatisme et l’indépendantisme. Bien qu’il fût couvert par certains médias quand il a eu lieu, l’Holodomor, qui a tué trois millions et demi d’Ukrainiens, a été ignoré pendant des décennies par l’Occident, sauf par quelques spécialistes. Beaucoup d’Ukrainiens qui ont eu assez de chance pour survivre ont pendant toute leur vie conservé dans leur esprit les terribles images de leurs anciens et de leurs enfants mourant lentement, et dans la douleur, de faim, alors que les soldats soviétiques les empêchaient de gagner d’autres régions proches où la nourriture était disponible.

cliquez pour lire :  l’article 1, l’article 2, l’article 3, et l’article 4.

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L’Ukraine est devenue indépendante en 1991. A cette date, peu nombreux étaient ceux qui avaient été impliqués de manière significative dans l’occupation de l’Ukraine par l’Allemagne nazie et qui étaient encore en vie.

Beaucoup avaient été exécutés par les Soviétiques; d’autres avaient fui à l’étranger ou étaient décédés à un âge avancé. Pourtant, parmi les jeunes gens qui n’avaient jamais connu le nazisme allemand, de petits groupes néo-nazis ont émergé comme dans la plupart des pays européens.

.......( 2 )

L’argument majeur que les Russes utilisent comme preuve des sympathies nazies actuelles des Ukrainiens, ce sont les honneurs officiellement rendus au dirigeant nationaliste Stepan Bandera (1909-1959). La Russie de Poutine a hérité des Soviétiques l’emploi du terme “bandériste” comme synonyme de “nazi ukrainien”. Toutefois, l’histoire est un peu plus compliquée.

Tout d’abord, il n’y a pas de doute que Bandera est célébré comme un héros national en Ukraine. Il y a littéralement des centaines de monuments, de mémoriaux, de musées et de rues portant son nom. Seul le Président Viktor Yanukovych, pro-russe, a tenté de renverser cette tendance et de priver Bandera de certains honneurs qu’il avait reçus. Toutefois, il serait faux d’affirmer que Bandera n’est pas une figure controversée actuellement en Ukraine. Après que des organisations internationales juives et le Parlement européen ont critiqué les honneurs qui lui ont été rendus, des sondages ont montré qu’en 2021 un tiers des Ukrainiens seulement avaient une opinion tout à fait positive de Bandera.

Comme c’est souvent le cas, on peut raconter l’histoire de différentes perspectives. Comme nous l’avons vu dans le premier article de cette série, les Ukrainiens ont profité de la chute de l’empire tsariste pour proclamer leur indépendance mais ils ont été défaits par les bolchéviques, qui ont incorporé l’Ukraine dans l’Union soviétique. Les Soviétiques n’ont toutefois pas oublié avec quelle détermination les Ukrainiens s’étaient battus pour leur indépendance. Les Ukrainiens ne l’ont pas oublié non plus et de temps à autre, des révoltes ont éclaté.

Cela a conduit Staline (1878-1953) à concevoir et à exécuter l’un de ses crimes les plus haineux. En 1932-1933, il a organisé une famine artificielle dans une grande partie de l’Ukraine avec l’appui de troupes empêchant le déplacement des Ukrainiens. Dans l’esprit de Staline, la famine devait exterminer les propriétaires terriens ukrainiens, la colonne vertébrale de l’opposition antisoviétique. L’Holodomor, l’holocauste ukrainien par la famine, a tué 3.5 millions d’Ukrainiens et est maintenant largement, si pas unanimement, reconnu comme un génocide.

L’Holodomor: des paysans morts de faim dans les rues de Kharkiv, 1933. Photo de Alexander Wienerberger (1891–1955). Photo.
L’Holodomor: des paysans morts de faim dans les rues de Kharkiv, 1933. Photo de Alexander Wienerberger (1891–1955). Photo.

Ceux qui veulent comprendre l’histoire de l’Ukraine devraient toujours avoir à l’esprit les horreurs de l’Holodomor. J’espère qu’un jour qu’il sera de nouveau possible aux étrangers de visiter le Musée national du Génocide Holodomor à Kyiv. Des films et des photos de quelques victimes parmi les millions d’enfants, de femmes et d’hommes morts de faim en font une terrible expérience. On ne peut même pas imaginer l’ampleur de la dévastation vécue par les survivants qui ont vu leurs proches mourir.

Ce crime immense et cette tragédie expliquent la haine profonde à l’égard des Soviétiques qui a prévalu chez les Ukrainiens après 1933 et dont les conséquences se font encore ressentir aujourd’hui. Ceux qui avaient vécu les horreurs de l’Holodomor étaient prêts à accueillir quiconque leur promettrait d’être libérés du joug de l’Union soviétique.

Les exilés ukrainiens avaient établi à Vienne, dès 1929, l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN). Des querelles intestines ont alors donné lieu à deux branches, respectivement dirigées par Andriy Melnyk (1890-1964) et Stepan Bandera (1909-1959). Melnyk, un catholique fervent, était plus modéré mais tous deux étaient d’accord pour se ranger aux côtés de quiconque se battrait contre Staline dans la guerre qui s’annonçait.

 

Andriy Melnyk. Photo.
Andriy Melnyk. Photo.

Quand la Seconde Guerre Mondiale a éclaté, Melnyk et Bandera, bien qu’en compétition l’un avec l’autre, ont rencontré l’amiral Wilhelm Canaris (1888-1945), alors chef des services secrets militaires allemands (Abwehr). Ils se sont mis d’accord pour recruter des Ukrainiens dans la diaspora et les inclure dans des unités qui participeraient à l’Opération Barbarossa, l’invasion allemande de l’Union soviétique en 1941. La présence de soldats ukrainiens et la caution des dirigeants les plus connus dans la diaspora du nationalisme ukrainien ont persuadé de nombreux Ukrainiens que l’Opération Barbarossa leur permettrait de recouvrer leur indépendance.

A la veille de l’invasion allemande, Bandera et Melnyk, toujours dans la surenchère, ont chacun annoncé la mise en place de leur propre gouvernement ukrainien indépendant. Bandera a célébré le nazisme avec une emphase particulière, promettant une alliance avec l’Allemagne nazie et son nouvel ordre européen. Toutefois, les nationalistes ukrainiens ont rapidement perdu leurs illusions. Les dirigeants nazis ont considéré les Ukrainiens comme faisant partie d’une race inférieure et n’ont eu nullement l’intention d’accorder l’indépendance à l’Ukraine.

Finalement, Bandera et Melnyk, qui insistaient sur l’indépendance, ont été tous deux arrêtés et en juin 1942, Bandera a été emmené au camp de concentration de Sachsenhausen. Ses deux frères ont été déportés à Auschwitz où ils sont morts en 1942. Ce n’est qu’en septembre 1944, quand une défaite allemande s’est avérée probable, que Bandera a été libéré et autorisé à rentrer en Ukraine dans l’espoir que ses partisans harcèleraient les troupes soviétiques. En fait, Bandera commença alors à faire revivre son rêve d’indépendance et sa guérilla s’en prit alors à la fois aux Soviétiques et aux Allemands.

Stepan Bandera. Photo.
Stepan Bandera. Photo.

Après la guerre, Bandera a fui vers l’Ouest et a vécu en Allemagne. De là, il a inspiré, mais sans la diriger, une guérilla “bandériste” qui dans les forêts d’Ukraine a continué à se battre contre les Soviétiques jusque tard dans les années 1950. Il a été assassiné à Munich par le KGB en 1959. Comme des documents et des témoignages l’ont plus tard démontré, les ordres pour l’élimination de Bandera émanaient directement du dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev (1894-1971) qui espérait ainsi mettre définitivement un terme à la résistance ukrainienne.

Quand les Soviétiques combattaient les partisans dans les années 1950, ils utilisaient indifféremment les termes “bandéristes” et “collaborateurs nazis” comme synonymes. Comme indiqué dans l’article précédent, le Cardinal Slipyj fut aussi condamné comme “collaborateur nazi”, tout comme d’autres évêques et prêtres catholiques. Bien que préférant la branche Melnyk, qui était minoritaire parmi les Ukrainiens antisoviétiques, Slipyj et l’Eglise catholique se sont finalement ralliés à Bandera.

Bandera était plus un “allié nazi” qu’un collaborateur dans le sens habituel. Il croyait, à tort, que les nazis l’aideraient à rétablir l’indépendance de l’Ukraine. Les nazis ne l’ont certainement pas considéré comme l’un des leurs. Après avoir utilisé Bandera pour atteindre leurs propres objectifs, ils l’ont envoyé dans un camp de concentration comme ils l’ont fait avec ses frères qui y sont morts.

Alors que Bandera était détenu en Allemagne, des milliers de “bandéristes” se sont battus avec la Wehrmacht jusqu’à la fin alors que d’autres s’étaient retirés dans les forêts pour combattre et les Allemands et les Soviétiques. Il y a eu des collaborateurs ukrainiens qui se sont engagés dans la SS et qui ont servi comme gardes dans des camps de concentration, mais ils ne faisaient pas partie du mouvement de Bandera. En fait, Bandera les a condamnés.

Bien qu’il ne soit idéologiquement pas un nazi, Bandera était antisémite. Pourtant, plusieurs membres haut placés de son parti étaient d’origine juive ou avaient épousé des femmes juives. A un certain moment, il a été accusé par les nazis d’avoir sauvé des Juifs en leur accordant de faux passeports. Tout cela fait partie des contradictions inextricables de cette époque.

Toutefois, Bandera croyait qu’une composante juive jouait un rôle important dans le communisme russe et ukrainien. Sa rhétorique incendiaire anti-juive a joué dans les pogroms qui ont suivi l’invasion allemande de 1941 et dans la participation d’Ukrainiens, dont certains étaient membres de son parti, aux atrocités nazies contre les Juifs.

Tombe de Bandera à Munich. Photo.
Tombe de Bandera à Munich. Photo.

Comme je l’ai dit dans l’article précédent, j’ai rencontré le Cardinal Slipyj plus d’une fois dans les années 1970 à Rome. Il n’avait aucune sympathie pour le nazisme mais il ne partageait pas l’opinion dominante en Occident que le régime soviétique était moins criminel que le régime nazi. Il n’était non plus enclin à condamner les Ukrainiens qui avaient pris fait et cause pour l’Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre Mondiale, considérant que c’était alors le moindre des deux maux.

Slipyj est une figure complexe mais mon impression est qu’il lui manquait peut-être les outils culturels nécessaires pour percevoir pleinement la dimension intrinsèquement mauvaise du nazisme. Il nourrissait aussi le sentiment amer que l’Occident n’était pas préparé ou pas désireux de reconnaître l’énormité de l’Holodomor.

En ce qui concerne les Ukrainiens de notre époque, des sondages d’opinions à propos de Bandera indiquent que la plupart d’entre eux sont prêts à faire face à leur passé et à admettre la nature mauvaise de la collaboration avec le nazisme, tout comme ils dénoncent la nature mauvaise de la collaboration avec le communisme soviétique.

Toutefois, comme ce fut le cas en Lituanie, où certains ont été honorés en tant que combattants de la liberté contre les Soviétiques malgré un passé antisémite ou pronazi, cette purification de la mémoire historique est une chose à laquelle les Ukrainiens devraient parvenir par eux-mêmes. Les pressions et les manipulations par les Russes qui ne cessent de répéter de vieux slogans de la propaganda selon lesquels tous ceux qui étaient contre les Soviétiques étaient des “bandéristes” et que tous les “bandéristes” étaient des nazis ne font que perpétuer chez les Ukrainiens une attitude défensive concernant leur passé.

.......( 1 )

 

Un argument majeur de la propagande russe dans la guerre actuelle contre l’Ukraine, c’est qu’elle est sous l’influence indéniable des “nazis” et qu’elle doit être “dénazifiée”. Le président actuel de l’Ukraine, Volodymyr Zelenskyy, est juif, ce qui rend paradoxal toute accusation d’en faire le dirigeant d’un “gouvernement nazi”. Pourtant, selon les Russes, les nazis représentent une part importante de ceux qui combattent les séparatistes pro-russes dans le Donbass et l’Ukraine continue à célébrer ceux qui ont collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les Ukrainiens répliquent qu’il y a bien moins de nazis se battant contre les séparatistes pro-russes du Donbass qu’avec eux.

L’histoire est compliquée et est rarement racontée avec tous les détails nécessaires. J’ai commencé à accorder quelque attention aux relations entre les Ukrainiens anti-communistes et le nazisme dans les années 1970 quand, étudiant, je fus présenté au cardinal Josyf Slipyj (1892-1984), qui vivait alors en exil à Rome.

...............article du 20.5.2022

Membre du conseil scientifique du camp des Milles, l’historien Jean-Marc Chouraqui revient sur les commémorations du 8 mai 1945 et l’emploi de la référence au nazisme dans le conflit ukrainien.

Une réflexion sur la banalité du mal… et du bien.

Les juifs précisément furent choqués après que les Russes ont failli détruire le monument de Babi Yar érigé à la mémoire, occultée par les Soviétiques, de 30 000 juifs massacrés en trois jours par les nazis et leurs supplétifs ukrainiens.

Il y aurait selon les spécialistes comme une mystique russe du 8 mai qui expliquerait des éléments de langage.

Ce jour où fut vaincu le Mal nazi acterait une sorte de « fin de l’histoire », de « der des ders » russe donc. Donc pas de guerre en Tchétchénie hier, ni en Ukraine aujourd’hui…

Mal nommer les choses,

c'est ajouter au malheur du monde.

 

Ne pas nommer les choses,c'est nier notre Humanité ( Eric Fottorino )

 

La référence au nazisme se prolonge de sa perception comme archétype du Mal.

Le 8 mai ne célèbre donc pas une victoire comme une autre, elle aurait une portée quasi métaphysique.

À 169 reprises la Bible hébraïque enjoint : « Souviens-toi »Zakhor.

Après que dans le désert le peuple d’Amalek a tenté d’exterminer les « traînards » hébreux, et notamment les femmes, les enfants, les vieillards, Dieu demanda à Israël « d’effacer de génération en génération le nom d’Amalek du dessous les cieux ».

Amalek serait ainsi la figure emblématique du Mal qui veut détruire Israël parce que porteur de l’Alliance et donc du sens : 

« La conscience est une invention juive » aurait dit Hitler.

Aussi celui-ci serait Amalek pour le judaïsme contemporain. Tout comme lui, il chercha à massacrer les plus faibles (1,5 million d’enfants pour Hitler).

Le 8 mai acte que le nazisme est devenu un marqueur d’interdit absolu.

Tout comme Caïn a porté sur son front l’indigne marque du premier meurtre, de même Hitler porterait sur son front pour l’éternité la marque maudite de la croix gammée et du premier assassinat de l’humanité.

Le Talmud rappelle que « quiconque tue un homme tue toute l’humanité ».

Sans Caïn, pas de Hitler. Mais le premier ignorait ce que signifiait tuer… Le 8 mai est là pour le rappeler.

Mais il est clair que l’événement célébré se veut avènement :

création de l’ONU, procès de Nuremberg, impossibilité de l’antisémitisme…

On connaît le mot de Bernanos : « Hitler a déshonoré à jamais l’antisémitisme » (qui a suscité moult polémiques).

Du point de vue de l’éthique, la référence au nazisme comme trou noir du politique est sans doute une bonne chose, et c’est un acquis du 8 mai.

Mais il se dévoie souvent en propagande.

Ainsi c’est le cas en Ukraine, qui fut la matrice sanglante de l’inouï avec la Shoah par balles.

Aussi on prétend que Hitler avait du sang juif (Lavrov), ou inversement que l’Ukraine connaît une Shoah (Zelensky).

Tel un phénix, le cadavre de Hitler renaît de ses cendres.

Ces usages du nazisme témoignent plus largement d’une banalisation du Mal.

Banalisation indécente sous toutes les latitudes des mots « SS », « fascistes », des procès staliniens à nos jours, « génocide », « Shoah », sans respect de l’Histoire.

Sépultures absentes, sépultures souillées.

Il est ainsi un 11e Commandement depuis le 8 mai 1945 : « Tu n’invoqueras pas le nom d’“Auschwitz”, ou de “nazisme” en vain. » Se garder donc d’une banalisation du Mal.

Mais aussi d’une « banalité du Bien ».

Nous sommes des blasés de la Liberté, comme l’étaient nos pères, insouciants, à la veille de la guerre.

L’Ukraine nous a ébranlés. Pour combien de temps ?

Ne devrait-on pas concrétiser par des signes forts ce souci de la liberté chaque 8 mai ?

Ainsi cette injonction du sens ne réduirait pas le 8 mai à « un pont », et à des cérémonies « patriotiques ».

 « Devoir de mémoire » répète-t-on.

Mais aussi mémoire d’un devoir contre les « âmes habituées » (Péguy).

Habituées de liberté. Et ce pour faire de tels moments d’histoire non des monuments mais des avertissements.

  • Ukraine : des vérités qui dérangent.....déjà en 2014

https://www.cairn.info/revue-humanisme-2014-2-page-5.htm

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