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Knock on Wood

GEOPOLITIQUE : IFRI et Ramsès 2021 - Le grand basculement ?

16 Mars 2021 , Rédigé par Ipsus Publié dans #GEOPOLITIQUE

Pour sa 38e édition, trois questions majeures sont abordées dans le RAMSES 2021. Santé/Climat : COVID-19, et maintenant ? :

Le virus est emblématique de la mondialisation : nul ne contrôle ni ne maîtrise sa circulation.

Qui gouverne ?

Il n'y a pas de gouvernance spécifique du "transversal", des questions mondialisées : santé, environnement, techniques informationnelles...

 Europe : se refaire ou se défaire : Comme toujours, le bilan européen est en demi-teinte : pâle et décisif, inévitable.

Se refaire ou se défaire, se penser comme projet politique ou vivoter comme simple filet de sécurité : voilà l’option qui est devant la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

 Monde arabe : 10 ans après le faux printemps : La décennie post-printemps et la crise du coronavirus vont dans le même sens : renforcement du contrôle sur les sociétés, aggravation du poids des régimes autoritaires, situation économique catastrophique, division profonde de sociétés en révolte.

Il ne vient pas d'Egypte et c'est une publication de l’Ifri .

 le Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies (RAMSES).

Constitué de quelques 368 pages, le RAMSES est publié chez Dunod chaque année, disponible à  en librairie en version papier et numérique.

Il comprend des analyses, des statistiques et des cartes, et constitue un outil académique de référence.

............ Présentation du RAMSES 2021: débat avec Thierry de Montbrial et Alain Frachon durée de la conférence 1 heure Débat : Le grand basculement ? Avec Thierry de Montbrial, président de l’Ifri, membre de l’Académie des sciences morales et politiques et Alain Frachon, éditorialiste au Monde.

Ce n’est pas une découverte : la crise révèle.

Elle éclaire, d’un coup, des réalités jusqu’alors rampantes, seulement entrevues.

C’est le cas de la crise du COVID-19, qui n’a pas tant été une crise mondiale – le monde entier n’a pas été uniformément touché – qu’une crise à effet mondial.

Elle nous incite à considérer différemment les logiques et les conséquences de la globalisation, concrètement et symboliquement :

sur la santé, sur l’environnement de la vie humaine, sur nos souverainetés.

Elle interroge la gouvernance internationale, et au premier chef une capacité de décision qui nous touche directement :

celle de l’Union européenne.

Et elle nous replonge dans l’incertitude sur l’avenir de notre Sud, et en particulier du monde arabe, dont nous avons tant craint qu’un virus ne vînt parachever son malheur. ( 24.9.2020 )

https://www.ifri.org/fr/debats/grand-basculement-presentation-ramses-2021

« On doit s’attendre au renforcement de la politisation – déjà très engagée – de l’économie internationale, c’est-à-dire à une accentuation de la corrélation entre géopolitique, géostratégie et géoéconomie. Le tout formant une sorte de géo à la puissance trois. » 

Thierry de Montbrial, dans RAMSES 2021, Paris, Dunod/Ifri, septembre 2020.

 

« L’année du virus nous aura montré le monde tel qu’il est : sans structure politique globale – pas d’institution, pas de système organisationnel de référence, sauf peut-être la « structure » informationnelle, qui a joué pendant la crise du COVID-19 un rôle, sans doute dominant, qu’il faudra analyser ; un monde que n’organisent que les compétitions entre puissances opportunistes. Opportunistes, c’est-à-dire qui jouent d’une situation dérégulée pour réaliser vite, et ponctuellement, leurs gains. »

Dominique David, dans RAMSES 2021, Paris, Dunod/Ifri, septembre 2020.

Le RAMSES (Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies) s'ouvre sur les Perspectives de Thierry de Montbrial.

  • Trois enjeux pour 2021 

- Santé/Climat : COVID-19, et maintenant ?
- Europe : se refaire ou se défaire
- Monde arabe : 10 ans après le faux printemps

  • Des suites économiques et technologiques du COVID-19 aux défis sécuritaires et migratoires, en passant par les problématiques stratégiques propres à chaque continent, Le Monde en questions offre un tour du monde des crises et des stratégies mondiales au seuil d'une année décisive.
  • Les Repères offrent un indispensable appareil documentaire : statistiques, chronologie, cartes originales.

Le RAMSES 2021 est accompagné de 8 vidéos de chercheurs de l'Ifri, pour approfondir les analyses du RAMSES.

................. les Perspectives de Thierry de Montbrial.
.............. Dominique DAVID - Trois enjeux pour 2021 :  - Santé/Climat : COVID-19, et maintenant ? - Europe : se refaire ou se défaire - Monde arabe : 10 ans après le faux printemps

"Les problèmes acquièrent une taille inédite"

"Est-ce qu’on va rester sur des réflexes communautaires ou est-ce que la raison va triompher ?

Il faut une coopération internationale minimum et structurée.

L’OMS a été l’objet de toutes les critiques. Il faut essayer de monter une coopération qui correspondent à notre temps.

Les problèmes sanitaires et environnementaux acquièrent à notre époque une taille inédite", développe le directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

"On voit à l’heure actuelle l’affirmation de la puissance chinoise, des Etats-Unis dont Donald Trump est une caricature qui révèle quelque chose du glissement des Etats-Unis, le retour de la Russie de mauvaise humeur", note-t-il.

 "L’UE n’a pas raté le coche, elle regarde ailleurs, sa stabilité économique, la concurrence non faussée. Et ce sont les Etats qui parlent politique",

résume Dominique David.( voir video ci-dessous )

................. COVID-19 : une crise économique sans précédent
............................ L'Union européenne dans la crise du coronavirus 
...................... le Green Deal européen
................. Afrique du Nord et Moyen-Orient face au COVID-19
............................ Sahel : le sommet de Pau est-il un tournant ?
.................... Chine : les paradoxes de la puissance

L’Institut français des relations internationales (Ifri) est la première institution française de recherche et de débat sur les relations internationales.

Créé en 1979, il est classé 3e think tank le plus influent du monde par le Global Go To Think Tank Index Report de l’Université de Pennsylvanie.

L’Ifri dispose d’une équipe plurinationale de chercheurs professionnels permanents répartis dans des unités de recherche autour de thématiques régionales 

Pour mettre en perspective les analyses de l'IFRI, j'ai trouvé intéressant d'adjoindre cet article à la fin 

 Certes, il y avait déjà eu des alertes, à commencer par le SRAS, en 2003.

Tous les documents prospectifs dignes de ce nom des services de renseignement comme des think tanks, aussi bien à Washington qu’à Londres, Berlin ou Paris – notamment le Livre blanc de la défense de 2008 et celui de 2013 – évoquaient le scénario d’une épidémie avec un nouveau virus mutant partant de Chine.

Tous furent néanmoins pris de court, car nul n’avait vraiment imaginé l’ampleur de la maladie ni celle d’un monde à l’arrêt.

« Pour la première fois dans l’histoire, les êtres humains ont eu peur de la même chose en même temps et partout dans le monde », souligne Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères.

Le défi est inédit.

Pour certains, tel Henry Kissinger dans les colonnes du Wall Street Journal du 3 avril, « la pandémie modifiera à jamais l’ordre mondial ».

 Et l’ancien ministre allemand des affaires étrangères Joschka Fischer n’a pas hésité à comparer la pandémie à un astéroïde ayant frappé la Terre.

Mais une fois passée la grande stupeur d’un monde à l’arrêt, il semble de plus en plus évident que ce choc, incontestable tournant,

sera « moins transformateur que catalyseur confirmant et exacerbant des tendances préexistantes », note en juillet Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem), dans un article de Politique internationale au titre provocateur :

« Il n’y aura pas de monde d’après »

La pandémie ne peut, en effet, qu’amplifier les fractures qui minent depuis des années un ordre international de plus en plus chaotique, marqué par le retour des rivalités entre puissances sur fond de crise d’une certaine idée du multilatéralisme et de l’ordre international tel qu’il s’était constitué au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Le système onusien est ébranlé par le pays même qui en fut le pilier, les Etats-Unis.

 « La crise déclenchée par le Covid-19 peut se lire comme la première d’un monde post-américain, l’absence complète de leadership américain est inédite.

A aucun moment Donald Trump n’a tenté de susciter une coordination mondiale, et il va au bout de sa logique unilatéraliste », explique Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, les Etats-Unis se sont retirés de nombre de traités, dont l’accord de Paris sur le climat, celui sur le nucléaire iranien ou celui sur la limitation des armes nucléaires à portée intermédiaire conclu avec la Russie à la fin de la guerre froide.

En avril, Washington annonçait aussi la suspension de la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la santé, accusée de complaisance à l’égard de Pékin et de mauvaise gestion de la crise sanitaire.

Au nom de l’« America First », l’administration Trump accélère un repli déjà amorcé par Barack Obama. 

« Le sentiment d’un retrait américain est plus important que le Covid-19 pour expliquer les montées de tensions en Asie, au Moyen-Orient ou en Méditerranée orientale », analyse Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

La crise sanitaire a partout renforcé le repli sur le pré carré national et le retour des frontières. 

« La rapidité avec laquelle le virus s’est répandu dans le monde montre la nécessité d’une réponse globale.

Mais, alors que le multilatéralisme serait plus nécessaire que jamais, il se détériore aussi bien au niveau international, en témoigne la crise du système onusien, que régional avec l’Union européenne qui a réagi, au moins au début, en ordre dispersé », note Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po.

Les mesures exceptionnelles qu’impose la lutte contre le virus représentent un incontestable effet d’aubaine pour les régimes autoritaires.

Mais des leaders populistes qui ont nié la gravité de la maladie, refusant toute mesure de confinement, tel Jair Bolsonaro au Brésil, ont gagné en popularité malgré le fiasco sanitaire. Même Donald Trump, bien que distancé par Joe Biden dans les sondages, préserve son socle électoral en dépit de ses errements.( c'était en septembre 2020 )

Les conséquences géopolitiques de la crise sont réelles.

« La pandémie est la continuation par d’autres moyens de la lutte entre puissances », notait Jean-Yves Le Drian dans son interview au Monde

. La bipolarisation Etats-Unis-Chine, déjà amorcée depuis quinze ans, s’est encore renforcée.

En outre, les deux superpuissances ont aussi creusé l’écart militairement et économiquement vis-à-vis de l’Europe et de la Russie.

Le virus a encore attisé les tensions et, à Pékin comme à Washington, on n’hésite plus à parler de « nouvelle guerre froide ».A la différence de ce qu’il en était à l’époque de la guerre froide avec l’Union soviétique, les Etats-Unis et la Chine, malgré leurs relations conflictuelles, restent interdépendants économiquement.

« Cette pandémie est apparue pour des raisons liées à la nature même du système communiste chinois et elle a révélé les limites internes du régime incompatibles avec son statut de deuxième puissance mondiale », décrypte Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique.

 « Si la pandémie se prolonge, voire s’aggrave, le risque est d’une part celui d’un durcissement des Etats forts, qui tels la Russie, la Chine, la Turquie, l’Iran pourraient être tentés par des aventures extérieures, alors que leurs populations souffrent de la crise économique,

et d’autre part celui d’un affaiblissement des Etats faibles – en Afrique, en Amérique latine – avec la montée de conflits internes », prévoit Bruno Tertrais.

Autant de défis pour l’Europe.

Elle a su réagir au niveau économique avec un plan de relance commun sans précédent. Mais, en dépit des appels du président français à la souveraineté européenne et à une prise de conscience, l’UE, « puissance herbivore dans un monde carnivore », selon le mot d’Hubert Védrine, hésite encore à mettre en œuvre une politique de sécurité commune malgré l’évidence de la montée des périls à ses frontières au sud et à l’est.

« La tentation d’un repli qui accompagnerait une contraction de l’effort de défense risque d’être d’autant plus séduisante pour les opinions publiques et les élites occidentales qu’elle viendrait conforter la perception grandissante de la vanité d’interventions militaires toutes présentées – à tort – comme des guerres sans fin », s’inquiète ainsi Corentin Brustlein, dans l’édition 2021 du Ramses, le rapport géopolitique annuel de l’IFRI (Dunod).

C'est à l'issue de la négociation du Traité de Versailles où les délégations politiques sont accompagnées pour la première fois d'experts de toutes sortes (géographes, politologues, linguistes…) que sont apparus les think tanks.

Les deux premiers à voir le jour sont, aux Etats-Unis, le Council of Foreign Relations (1921) et au Royaume-Uni, Chatham House (1920).

 « Tout d'un coup, la dimension internationale avait pris toute son ampleur avec la Première guerre mondiale.

Derrière ces structures, il y avait l'idée que pour avoir la paix, il fallait se connaître », explique l'historienne Sabine Jansen.

En France, l'Institut français des relations internationales (Ifri), qui fête son quarantième anniversaire, a réussi à se positionner au deuxième rang mondial, derrière la Brookings Institution. 

C'est le plus anglo-saxon des think tanks français, notamment par sa capacité à lever des fonds et par sa proximité avec le monde des entreprises

Thierry de Montbrial, son fondateur, a cherché à « structurer le débat public sur les grandes questions planétaires » et à « oeuvrer dans l'intérêt général au renforcement d'un monde ouvert et pacifique ».

Les publications nombreuses de ses chercheurs (les revues Ramses et Politique étrangère), la création d'une conférence internationale (la World Policy Conference) et les événements où se retrouvent des décideurs politiques et économiques de tous horizons contribuent à la notoriété et à l'influence de l'institut.

 « C'est un outil de rayonnement de la pensée stratégique française », décrit Thomas Gomart, actuel directeur de l'Ifri.

Même s'il existe une dizaine de think tanks français (Iris, Ceri, Irsem, Institut Montaigne, Fondation Robert Schuman, etc.), « le dispositif français est globalement fragile », note le rapport de l'ambassadeur Yves Saint-Geours publié en 2016.

Il observe leur « diversité et disparité », et surtout la faiblesse de leurs moyens par rapport à leurs concurrents étrangers.

Là où l'Ifri a un budget annuel de 6,5 millions d'euros, celui du Council of Foreign Relations est dix fois supérieur.

 « C'est à Londres et à Berlin que se font aujourd'hui les débats les plus importants de politique étrangère », observe-t-il, avec une mention spéciale pour Bruxelles où Bruegel et le European policy center, par exemple, profitent des relations constantes avec les institutions européennes.

 C'est un endroit où l'on peut échanger de façon officieuse, recevoir un leader étranger contesté sans engager la France et préparer des solutions alternatives.

L'Ifri a développé en France une diplomatie d'influence.

La grande innovation de l'Ifri est de comprendre la demande des grands groupes, dont les directions internationales manquent de compétences, et à qui il va offrir des services alors que l'économie est en voie de mondialisation

 Les Américains sont aussi de la partie : sur dix ans la Fondation Ford va investir plus d'1,5 million de dollars

Une autre innovation, par rapport au CEPE, était l'organisation d'événements qui réunissent monde économique et politique autour de grandes personnalités

Thierry de Montbrial, âgé de 36 ans en 1979, a dynamisé les équipes en s'entourant de jeunes comme Pierre Lellouche, fin connaisseur des Etats-Unis et des problèmes de sécurité, ainsi que Dominique Moïsi.

Ils vont contribuer à la notoriété de l'institution à l'étranger.

Pourquoi l'Ifri a-t-il atteint une telle reconnaissance internationale alors que sa structure reste modeste ?

L'Ifri développe une diplomatie qui n'est pas étatique

Elle est privée et repose sur la capacité à nouer des contacts et à tirer de l'information d'autres milieux que les milieux officiels que sont les ambassades, les experts du Quai ou ses chargés de mission. 

L'Ifri a su s'insérer dans le réseau international des think tanks, en travaillant avec le CFR, Chatham House , la DGAP etc.

Par exemple, ils ont syndiqué leur notoriété et leurs plumes pour mettre en avant le problème des questions transatlantiques ou relatives à l'Europe.

 Le rayonnement de l'Ifri tient aussi à ce que ses nombreux chercheurs se déplacent, sont actifs dans les colloques internationaux.

Ils forment un vrai collectif permanent qui aide à la visibilité de l'institution.

Ils produisent aussi beaucoup.

La sortie du premier Ramses, en 1981, a fait sensation :

il offrait enfin des données et des analyses économiques claires -il ne faut pas oublier que Montbrial a fait son doctorat d'économie à Berkeley-, et s'intéressait à la stratégie.

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