Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Knock on Wood

comment construire une Mémoire Nationale ? France - Algérie et le Rapport Stora

17 Janvier 2021 , Rédigé par Ipsus Publié dans #GEOPOLITIQUE

 

L’historien français  a remis, le 20 janvier, à Emmanuel Macron, son rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie, commandé en juillet dernier.

Certains événements – apparemment hors de l’ordinaire – sont des révélateurs politiques de la société et du mode de régulation de ses contradictions.

Construire une mémoire nationale de ces événements appelle donc un travail de sociologie politique autant que d’historien sur « les » différentes mémoires impliquées par les faits et leurs conséquences :

ceux-ci ont été connus très tôt, mais reconnus très tard... Et en a-t-on tiré toutes les leçons ?

version integrale du Rapport Stora

version integrale du Rapport Stora

 Emmanuel Macron considère que le « fait algérien » est un impensé en France qui contamine la jeunesse issue de l’immigration et les autres mémoires africaines.

Pour y remédier, l’éducation nationale est en train de réviser ses programmes sur la colonisation et la guerre d’Algérie.

D’autres initiatives comme celle du réalisateur Georges-Marc Benamou, qui travaille à une fresque audiovisuelle en six parties consacrée à la colonisation française, doivent permettre de réconcilier les jeunes français d’origine africaine avec leur passé.

Pour autant, Emmanuel Macron ne souhaite ni présenter d’excuses — qui ne sont d’ailleurs pas attendues par son homologue algérien —,

ni se livrer à un exercice de repentance — sur lequel il se sait attendu par l’extrême droite —,

mais favoriser la reconnaissance des faits.

Le chef de l’Etat célébrera, le 25 septembre prochain, la mémoire des Harkis, combattants qui ont servi la France lors de la guerre d’Algérie.

Moins d’un mois plus tard, il honorera celle des manifestants algériens massacrés le 17 octobre 1961, sous les ordres du préfet de police de la Seine, Maurice Papon.

Benjamin Stora lui conseille aussi de rendre hommage à Gisèle Halimi, avocate des nationalistes algériens.

Le rapport de Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie, transmis mercredi à Emmanuel Macron, fait 22 recommandations.

Il préconise notamment la mise en place d’une commission mixte « Mémoire et Vérité », de construire une stèle à l’effigie de l’émir Abdelkader, qui lutta contre par l’armée française au milieu du XIXe siècle et vécu en exil à Amboise (Indre-et-Loire), d’encourager la préservation des cimetières européens et juifs en Algérie, de réactiver le projet de musée de l’histoire de la France et de l’Algérie...

Jean Sévillia rappelle qui est Benjamin Stora, « politiquement marqué » et « engagé à gauche ».

Cependant, il apporte un regard nuancé sur ce rapport, qui comporte selon lui des propositions intéressantes, prenant compte en partie « le drame des Français d’ » et citant même le cas des Européens disparus lors des massacres d’Oran le 5 juillet 1962.

Stora a des compétences indéniables, mais c’est une voix extrêmement engagée à gauche dans une perspective globale, toujours anti colonialiste de principe et en empathie avec le nationalisme algérien. Ce n’est pas un témoin que l’on pourrait qualifier d’objectif.

On sait que les Algériens réclament la totalité des archives française sur l’Algérie. Il faudrait qu’on leur livre tout ce qui se trouve chez nous concernant l’Algérie.

Benjamin Stora n’épouse pas du tout ce point de vue.

Il défend le point de vue historien, scientifique qui est assez raisonnable et qui doit au cas par cas instaurer un système de travail commun entre les chercheurs des deux côtés de la Méditerranée.

Il demande la liberté pour les Algériens de venir travailler en France sur certains sujets qui les concernent,

mais il demande la réciprocité, c’est-à-dire, la liberté pour les chercheurs français de travailler en Algérie sur les archives de la présence française en Algérie qui sont restées là-bas.

Cette vision me paraît assez mesurée.

On pouvait craindre le pire avec le rapport Stora et on a échappé au pire.

 La France a réalisé 17 essais au Sahara entre 1960 et 1966.

Quatre d’entre eux étaient des essais atmosphériques, effectués à proximité de Reggane, et 13 des essais en galerie, dans le massif du Hoggar, non loin d’In Ekker .

Les essais se sont poursuivis après l’indépendance de l’Algérie, conformément aux accords d’Evian de 1962, avant la mise en service du Centre d’expérimentations du Pacifique, à Moruroa (Polynésie française).

 Les sites ont été rendus aux autorités algériennes en 1967 après le démontage des installations techniques et l’obturation des galeries. 

. Le ministère français de la Défense n’est pas resté totalement inactif sur ce sujet, un premier rapport ayant été rendu public en 2007, parallèlement à la visite du président Sarkozy en Algérie.

Un « comité conjoint » franco-algérien avait alors été mis en place,

et Benjamin Stora indique qu’« il semble que les échanges entre la France et l’Algérie se soient poursuivis » sur le sujet.

La commission mixte de travail sur les archives, institué en 2012, ne s’est plus réunie depuis quatre ans.

Au lendemain de la visite du président Macron en Algérie, en décembre 2017,

le Comité intergouvernemental de haut niveau franco-algérien indiquait que

« faisant suite à la première réunion du groupe de travail mixte sur l’indemnisation des victimes algériennes des essais nucléaires français au Sahara ou leurs ayants droit à Alger le 3 février 2016,

les deux parties sont convenues de la mise en place d’un dialogue spécifique dans les meilleurs délais ».

 Dans un entretien à l’Opinion, en juillet 2020, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, déclarait que

« les Algériens tiennent beaucoup plus à la reconnaissance de l’Etat français de ses actes qu’à une compensation matérielle.

La seule compensation envisageable est celle des essais nucléaires. Les séquelles sont encore vives pour certaines populations, notamment atteintes de malformations. Et certains sites n’ont toujours pas été traités. »

La France n’a pas seulement procédé à des tirs nucléaires en Algérie, elle s’y également livré à des essais d’armes chimiques sur le site de B2-Namous.

Ceux-ci se sont poursuivis après l’indépendance, avec l’accord des autorités algériennes.

Cette affaire n’a été rendue publique qu’en 1997 par le Le Nouvel Observateur.

En décembre 2012, lors de la visite de François Hollande à Alger, un accord avait été conclu entre les deux pays sur la dépollution du site.

Une grande opacité continue de régner B2-Namous. L’hypothèse qu’il ait servi à des tests de protection contre les armes biologiques n’a jamais été confirmée.

Autre dossier évoqué dans le rapport Stora, la question des mines antipersonnel.

L’historien explique que, durant la guerre d’Algérie, l’armée française a « posé 11 millions de mines antipersonnel, qui ont été enfouies aux frontières marocaine et tunisienne.

 En 2007, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, la France avait donné à l’Algérie le « plan des mines », posées pendant la guerre d’Algérie

17 octobre 1961 : une épreuve de responsabilité

Le puzzle complexe des mémoires catégorielles

https://www.cairn.info/revue-sens-dessous-2012-1-page-15.htm

..... cliquer fleches en bas à droite pour agrandir la video

Les faits et leur chronologie sont désormais bien établis grâce à plusieurs travaux d’historiens .

Le 6 octobre 1961, Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, décrète un couvre-feu pour les « Français musulmans d’Algérie » tous les jours entre 20 h 30 et 5 h 30.

La Fédération de France du FLN, pour protester, pour alerter l’ONU, et pour affirmer à la direction du FLN le poids politique des émigrés en France, décide alors une démonstration pacifique 

La responsabilité personnelle de Maurice Papon, ancien fonctionnaire de Vichy soutenu par Michel Debré et Roger Frey, ministres partisans de la fermeté, est écrasante.

.............rôle de Maurice Papon en 1961

Le mot de Jean-Paul Sartre :

 

la « gauche [était] enlisée jusque-là dans une misérable prudence» est en deçà de la réalité.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :