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Knock on Wood

IHU Méditerranée - Didier RAOULT : et s'il avait raison ?

3 Juillet 2020 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Sciences & Techniques

7.7.2020 : Guy Courtois, consultant en stratégie et auteur de l’ouvrage "Et si Didier Raoult avait raison ?", est l’invité ce mardi de Gérard Angel, dans les Coulisses du Grand Lyon.

 

Guy Courtois a passé une bonne partie de son confinement à étudier la crise sanitaire à travers le monde.

Il s’est également penché sur ce qu’il appelle la méthode proposée du professeur Raoult :

"Ce n’est pas une méthode révolutionnaire, c’est juste une méthode de bon sens.

Cette méthode, c’est tout simplement protéger, tester, isoler les malades, ce qui n’a rien à voir avec le confinement et traiter avec tout ce que l’on sait de la science actuelle."

 

Pour le consultant, qui a mené une longue enquête à l’égard de l’infectiologue et professeur de microbiologie, ce dernier "avait raison sur 90% des points. On pense qu’il s’est trompé sur quelques petites choses mais dans la très grande majorité, il avait raison."

 

En détail, Guy Courtois relaye notamment l’alerte de Didier Raoult par le passé sur la possibilité d’une épidémie de grande ampleur en provenance de l’Asie, même s’il minimisait la gravité du virus :

"Il avait déjà fait un rapport sur le bioterrorisme en 2003 où il expliquait 120 recommandations pour se préparer à une future épidémie. (…) Il y avait de nombreuses épidémies qui venaient d’Asie et qui ne se sont pas propagées dans l’Occident."

Il est nécessaire que la société s’exprime sur les problèmes de l’éthique, et, en particulier, de l’éthique médicale.

Des institutions ont été créées pour y répondre, telles que le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) ou les Comités de protection des personnes, chargés de l’évaluation des projets de recherche médicale.

Malheureusement, ces structures ont évolué sous l’influence des spécialistes de la méthode et, petit à petit, la forme a fini par prendre le dessus sur le fond

IHU Méditerranée -  Didier RAOULT : et s'il avait raison ?
IHU Méditerranée -  Didier RAOULT : et s'il avait raison ?
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IHU Méditerranée -  Didier RAOULT : et s'il avait raison ?

Le professeur Didier Raoult, en pleine polémique après avoir préconisé l'hydroxychloroquine comme traitement anti-coronavirus, se défend dans une tribune publiée sur sur le site du Monde mercredi soir.

Dans son texte, il explique notamment son approche, en opposition avec une partie du monde scientifique et critique les "méthodologistes" qui ont selon lui des "réflexions purement mathématiques".

"On utilise la méthode, en réalité, pour imposer un point de vue qui a été développé progressivement par l'industrie pharmaceutique, pour tenter de mettre en évidence que des médicaments qui ne changent pas globalement l'avenir des patients ajouteraient une petite différence.

Ce modèle, qui a nourri une quantité de méthodologistes, est devenu une dictature morale", écrit le microbiologiste. Avant de juger que "le médecin peut et doit réfléchir comme un médecin, et non pas comme un méthodologiste".

Didier Raoult estime encore que certaines personnes qui s'occupent des maladies infectieuses "ne sont pas en phase avec les moments de découvertes, où la mise au point rapide de stratégies thérapeutiques évolutives est nécessaire".

Il justifie également son choix de se mettre en retrait et de ne pas participer aux réunions du Conseil scientifique mis en place par l'exécutif, expliquant que "les médecins confrontés au problème du soin représentaient une minorité qui n'a pas nécessairement l'habitude de s'exprimer et qui se trouvaient noyés par cet habillage pseudoscientifique (...) il y a un conflit d'intérêts entre devenir le porte-parole de la stratégie gouvernementale et la présidence du comité d'éthique", conclut-il.

Didier Raoult a en effet annoncé mardi se mettre en retrait du Conseil scientifique accompagnant l'exécutif sur la maladie, assurant privilégier un lien "direct" notamment avec Emmanuel Macron.

Dans une vidéo publiée sur YouTube et relayée sur les réseaux sociaux, Didier Raoult affirmait rester en contact avec le ministère de la Santé et le président de la République "directement", "pour leur dire ce que je pense", "parce que le conseil ne correspond pas à ce que je pense être un devoir de conseil stratégique".

IHU Méditerranée -  Didier RAOULT : et s'il avait raison ?

Les vrais problèmes moraux et déontologiques ne me semblent plus y être prioritaires. Je m’en étais d’ailleurs ouvert au professeur Didier Sicard, qui présidait auparavant le CCNE, sur un certain nombre de points. Il était entièrement d’accord avec moi.

L’avis du comité d’éthique sur la vaccination obligatoire ou sur la restriction de médicaments de base devait faire l’objet de l’avis d’un « vrai » comité d’éthique.

Par exemple, dans le projet de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) que j’ai créé il y a dix ans, était inscrite la création d’un comité de « déontologie » ou de « morale ». Depuis, ce comité nous a donné plusieurs avis qui me paraissent plus en accord avec ce que je crois.

Premièrement, il a insisté (avant même la loi de Xavier Bertrand [2011], en partie écrite par Dominique Maraninchi) sur l’importance de la transparence et des liens d’intérêt. Les gens ne doivent pas porter d’avis sur les domaines où ils ont un lien d’intérêt, car cela devient un conflit d’intérêts. Ainsi, quelqu’un qui travaille sur la thérapeutique peut donner un avis sur le diagnostic ou l’épidémiologie, pas sur une thérapeutique qui contiendrait des produits sur lesquels il a travaillé.

Dans la situation actuelle, un rappel de cette notion de bon sens pourrait être important.

2018 Agnès Buzyn a promis de venir dans les prochains mois. Mais pas pour l’IHU. « Ce n’est pas faute de les avoir invitées, explique Didier Raoult, lors du point presse. 

Mais il y a un problème en France de continuité de l’État. L’État s’engage mais les hommes changent et les choses ne suivent pas ».

CONFLITS D’INTÉRÊTS ou d'EGO ? 

Didier Raoult a un conflit ancien avec le mari de la ministre, par ailleurs PDG de l’Inserm, Yves Lévy, sur le modèle des IHU.

Il l’a publiquement exprimé à plusieurs reprises et notamment dans un article du Canard qui soulignait le conflit d’intérêts patent entre une décision ministérielle sur le statut des futurs IHU et la position similaire du PDG de l’Inserm.

Dans un rapport de 2003 , l'infectiologue évaluait les dispositifs de santé français sur les maladies infectieuses.

En pleine pandémie de Covid-19, le texte n'a pas pris une ride.

Après les attentats du 11 septembre 2001 et les attaques à l'anthrax subies par les Etats-Unis quelques jours plus tard, le gouvernement français avait donné une mission à Didier Raoult en 2002 :

dresser un état des lieux des mesures de santé publique prises pour affronter un attentat bioterroriste et évaluer les dispositifs existant en matière de prévention et de lutte contre les menaces infectieuses

 Dès 2003, il pointait du doigt des lacunes de la France.

"Le pays a montré ces dernières années une capacité limitée à gérer les problèmes infectieux, ce qui entraîne qu'il est l'un des moins bien préparés à un problème d'épidémie massive", alertait Didier Raoult.

Ces dernières semaines, de professionnels de la santé ont ainsi critiqué le manque d'anticipation des autorités françaises derrière la crise sanitaire du coronavirus.

"Les maladies infectieuses n'ont jamais été considérées comme étant une priorité politique", regrettait-il, appelant à l'époque à un "discours politique fondateur, au plus haut niveau, autour de la lutte contre les maladies infectieuses".

Selon le professeur, "les réponses données sont des réponses ponctuelles à un sujet donné, sans travail sur le fond".

Si "notre préparation face à ces événements chaotiques est faible", c'est selon lui notamment parce que "l'époque ne se prête pas à la prévision d'événements catastrophistes".

"Les besoins sociaux relayés par la presse sont des besoins immédiats ; ils répondent à des peurs spontanées qui sont rapidement chassées par d'autres peurs ou inquiétudes", estimait-il.

Pourtant, rappelait-il, "le coût des réactions en urgence est bien supérieur à celui de la prévention".

Près d'une vingtaine d'années plus tard, les cas de coronavirus et les décès provoqués par la pandémie se multiplient.

Près de trois milliards de personnes sont appelées à se confiner dans le monde. Et les conséquences économiques se font chaque jour un peu plus ressentir, l'agence de notation Moody's prévoyant une récession pour l'ensemble des pays du G20 en 2020.

Pour Raoult, il était "indispensable de se préparer à l'avance" à l'arrivée d'une épidémie.

Son rapport fourmille de recommandations.

L'anticipation, d'abord. "La surveillance des maladies infectieuses doit être amplifiée (...) en intégrant, dans un premier temps, des éléments qui ont fait leur preuve ailleurs, comme la pharmacosurveillance, la surveillance de la mortalité hebdomadaire par site et par âge", disait-il.

Raoult plaidait en faveur d'un "système de veille aéroportuaire".

"Une infirmerie permettant l'isolement doit être mise en place dans les aéroports internationaux. Des ambulances spécialisées pour l'isolement et le transport des malades contagieux doivent être équipées dans les grands aéroports internationaux", demandait-il. Des préconisations restées dans les cartons.

Il voulait aussi créer un "circuit d'isolement" des malades "allant des aéroports et des gares jusqu'à l'un des trois centres identifiés".

"Il faut mettre en place sur Paris, Lyon et Marseille, pour commencer, des services entiers susceptibles d'être transformés en service d'accueil des malades extrêmement contagieux", préconisait l'infectiologue, appelant à "isoler" les malades dans une chambre à dépression.

"Le port de gants et de masques pour les soignants et les malades présentant une grave pneumopathie doit se généraliser" soulignait ce fils de médecin militaire et d'une mère infirmière.

"Nous avions commencé à faire les premiers stocks de masques à ce moment-là. Nous avions posé la première pierre de ce qui aurait dû être construit pas à pas", précise à L'Express Jean-François Mattéi.

Car 17 ans plus tard, face au coronavirus, de nombreux professionnels du secteur de la santé alertent le gouvernement sur la pénurie criante de masques.

Raoult souhaitait aussi que la puissance publique monte davantage au front.

"L'Etat aura un rôle considérable à l'avenir car le marché est en train de se désengager de la bataille contre les maladies infectieuses", prévenait-il.

Cet investissement devait se traduire par des moyens supplémentaires pour le secteur de la recherche, alors que "le financement de la recherche biomédicale, en France, est extrêmement faible par rapport aux autres pays de l'OCDE".

En termes de recherche, et pour favoriser "le réaménagement" du pays dans les territoires, Raoult proposait la création "d'infectiopôles, au même titre que les génopoles ou les cancéropoles".

Ces "infectiopôles" contre les maladies infectieuses comprendraient "la recherche fondamentale, le soin, le diagnostic, l'épidémiologie et la valorisation sur un site géographique unique".

Raoult voulait en créer sept : à Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Montpellier, Toulouse et à Paris autour de l'Institut Pasteur et de la faculté Necker. Une petite dizaine d'années plus tard, six IHU ont été créés à travers la France, mais chacun sur un thème différent. Un seul IHU est consacré aux maladies infectieuses : le sien, à Marseille, depuis 2011.

Dans son rapport publié en 2003, au même moment que l'apparition du Sras, Raoult estimait que les maladies infectieuses "représentent la plus grande cause de mortalité et occasionnent des épidémies qui ont changé le cours de l'histoire".

"Ce type d'événement, la mutation brutale puis l'introduction d'un virus d'origine animale dans le monde humain, sont des événements rares, chaotiques mais qui peuvent avoir des conséquences extrêmement rapides et extrêmement dangereuses", s'inquiétait le professeur.

"Le risque actuel d'apparition de mutants de virus respiratoires, en particulier de la grippe, est le phénomène le plus redoutable", alertait déjà l'infectiologue, citant la grippe aviaire, apparue à HongKong en 1999. Si ce virus "a rapidement pu être contrôlé, le prochain mutant grippal pourrait ne pas l'être".

"Le risque épidémique par les maladies transmises par voie respiratoire est extrêmement important, du fait de la densification de la population humaine", expliquait Raoult.

Alors que la mondialisation est pointée du doigt dans la diffusion du Covid-19, il prédisait que les très nombreux vols par avion dans toute la planète entraîneraient une diffusion "extrêmement rapide d'un virus transmissible par voie respiratoire".

Raoult listait en outre les "zones de prédilection dans lesquelles on peut redouter l'apparition de ces infections", évoquant "les mégapoles en Afrique, en Amérique du Sud et surtout en Asie", alors que le nouveau coronavirus est apparu fin 2019 à Wuhan, en Chine.

"Toute émergence d'un nouveau pathogène dans n'importe quel pays du monde lui permettra une rapide extension sans qu'aucun contrôle ne soit réalisable aux frontières", prévenait Raoult.

Le 9 mars dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran rappelait quant à lui que le "virus ne s'arrête pas aux frontières".

Si le virus "n'a pas de passeport", disait lui aussi Emmanuel Macron le 12 mars, des mesures coercitives ont été prises par des Etats à l'intérieur de leurs frontières. Ces mesures de confinement plus ou moins drastiques posent des questions sur les libertés publiques.

Dans son rapport de 2003, Raoult consacrait plusieurs lignes sur ce sujet.

"Les maladies contagieuses contredisent l'évolution individualiste spectaculaire de notre société ces dernières années.

En effet, la gestion des maladies infectieuses peut amener à remettre en cause la liberté individuelle", observait-il, citant notamment "le cas de l'isolement nécessaire pour éviter la contamination lorsque les patients sont contagieux".

Raoult préconisait "d'envisager la mise en place de lois permettant de faire face au risque de maladies contagieuses" et voulait un "débat en France sur contagion et liberté".

Didier Raoult, un prophète avant l'heure, derrière son allure de vieux druide fantasque ? "C'est un homme compétent. Il a une excellente capacité de raisonnement et son rapport est d'excellente qualité", juge Jean-François Mattéi.

Le président de l'Académie de médecine l'avoue sans ambages : "Didier Raoult disait dans ce rapport un certain nombre de choses qui malheureusement n'ont pas été retenues".

Et pour cause, selon l'auteur de Santé, le grand bouleversement, aux éditions Les liens qui libèrent :

"La classe politique et les administrations concernées ont globalement trouvé ce rapport trop alarmiste. Il n'a pas été traité avec le sérieux qu'il aurait mérité."

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