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Knock on Wood

Le traité nucléaire INF déclaré caduc, Washington et Moscou se renvoient la balle - US, Russia rip up Cold War-era INF missile treaty

3 Août 2019 , Rédigé par Ipsus Publié dans #EUROPE de l'Atlantique à l'Oural, #GEOPOLITIQUE

Le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire – FNI, ou INF, en anglais, pour intermediate-range nuclear forces – signé, le 8 décembre 1987, par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev était l’un des grands symboles de la fin de la guerre froide.

Il est mort le 2 août.

En laissant expirer le traité INF aujoud’hui-même, les États-Unis et la Russie lancent le monde dans une nouvelle course aux armements nucléaires.

Le 2 août 2019 apparaîtra-t-il comme une des dates décisives menant à la Troisième Guerre mondiale et à l’autodestruction de l’humanité, dans quelque manuel d’histoire extra-terrestre ? C’est aujourd’hui que le traité sur les « intermediate-range nuclear forces » (INF) expire et que la course aux armements nucléaires va sans doute être relancée.

« Le monde va perdre un frein de valeur inestimable contre la guerre nucléaire », a déclaré le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Le traité, conclu en 1987 entre les États-Unis et l’Union soviétique, avait été dénoncé il y a six mois par Washington, puis par Moscou.

Officiellement, les États-Unis avaient accusé la Russie d’avoir construit et stationné des missiles supposés de portée intermédiaire et donc interdits par le traité, avaient posé un ultimatum à Moscou, puis avaient dénoncé le traité.

« Ceci va probablement augmenter, et non pas réduire, le danger posé par les missiles ballistiques », a analysé Guterres.

L’Europe spectatrice et victime

Il y a deux semaines, la haute représentante Federica Mogherini avait fait part des inquiétudes de l’Union européenne :  « Nous encourageons à sauvegarder les résultats obtenus grâce au traité INF.

Compte tenu de l’accentuation des tensions, nous devons veiller à ne pas nous engager sur la voie d’une nouvelle course aux armements. »

Enfin, le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas vient de publier une tribune libre mettant en garde contre l’écroulement du système de contrôle des armements. Tout en critiquant unilatéralement Moscou :

« Malgré les appels et propositions de dialogue, la Russie refuse le démantèlement des missiles violant le traité et a stationné de nouvelles armes nucléaires dans notre voisinage. »

La réalité est un peu différente.

La violation du traité par la Russie est loin d’être établie, et les États-Unis n’ont guère cherché le dialogue pour établir la nature des missiles incriminés.

La manière brusque de dénoncer le traité n’a guère suscité l’enthousiasme des partenaires européens au sein de l’OTAN.

Aux États-Unis, de nombreux experts estiment que la sortie du traité, qui enlève toute limitation sur les missiles intermédiaires russes, était une erreur. D’autres estiment que ce n’est pas la supposée violation russe qui a motivé la décision de Washington, mais la proliférat

Sortie des Etats-Unis du traité INF :
«Les Américains craignent la Chine plus que la Russie»
( voir video ci-dessus )
Le traité nucléaire INF déclaré caduc, Washington et Moscou se renvoient la balle
Le traité nucléaire INF déclaré caduc, Washington et Moscou se renvoient la balle - US, Russia rip up Cold War-era INF missile treaty
Le traité nucléaire INF déclaré caduc, Washington et Moscou se renvoient la balle - US, Russia rip up Cold War-era INF missile treaty

Il ne reste désormais en vigueur qu'un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington: le traité START, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en deçà du niveau de la Guerre froide et dont le dernier volet arrive à échéance en 2021. 

"Les chances qu'il soit prolongé sont faibles. Dans ces conditions, plus rien ne limitera la nouvelle courses aux armements nucléaires entre les Etats-Unis et la Russie", pronostique l'analyste russe Alexandre Saveliev.

Si l'administration Trump a promis pour l'heure de ne pas déployer de nouveaux missiles nucléaires en Europe, elle n'a fait aucune promesse sur le déploiement d'armes conventionnelles.

Les nouvelles technologies permettent de développer des armes de portée intermédiaire beaucoup plus précises qu’il y a trente ans.

Washington veut avoir les mains libres pour développer ce type de missiles notamment afin de faire face à la montée en puissance de Pekin. 

« La plus grande partie de l’arsenal chinois est composée de missiles de portée intermédiaire et nous devons nous assurer que nous avons les mêmes capacités si, par malheur, nous devions entrer en conflit avec eux un jour », a expliqué Mark Esper.

Le traité nucléaire INF déclaré caduc, Washington et Moscou se renvoient la balle - US, Russia rip up Cold War-era INF missile treaty

Questionné jeudi au sujet du traité FNI, le président américain, Donald Trump, a répondu : 

« La Russie voudrait faire quelque chose au sujet d’un traité nucléaire. Je suis d’accord. »

 Sans plus de précisions et nul ne se fait d’illusion quant à la volonté de l’administration Trump de chercher un nouvel accord.

Ce d’autant plus qu’elle se montre clairement réticente à prolonger pour cinq ans le traité New Start – ou Start III – sur les armements nucléaires stratégiques qui, signé en 2011, arrive à échéance en 2021.

D’où l’inquiétude exprimée par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, face à ce qu’il considère être « la perte d’un outil précieux contre la guerre nucléaire ». « Cela va probablement renforcer, et non affaiblir, la menace posée par les missiles balistiques », a-t-il insisté.

Le traité nucléaire INF déclaré caduc, Washington et Moscou se renvoient la balle - US, Russia rip up Cold War-era INF missile treaty

Prudence des experts

Le risque est maintenant de voir s’ouvrir une course aux armements. Les experts restent néanmoins prudents. Il y avait, à la fin de la guerre froide, quelque 60 000 têtes nucléaires à 95 % aux mains des Américains et des Soviétiques. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 14 000. « Nous n’allons pas en 2019 revenir à 1979. Ce n’est pas parce que les Russes violent le traité FNI et que les Etats-Unis s’en retirent que nous allons assister à une course aux armements »,explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Plusieurs facteurs jouent en ce sens. La modernisation de son arsenal engagée par la Russie depuis plusieurs années est réelle. Mais elle est néanmoins limitée par les ressources d’un pays dont le PIB est équivalent à celui de l’Italie et dont le budget de la défense n’est guère supérieur à celui de la France.

« Je ne suis pas sûr que la fin du FNI altère réellement la stabilité européenne », analyse Corentin Brustlein, tout en relevant que « cela dépend de l’attitude de la Russie, notamment de sa capacité à produire et surtout à déployer ces missiles qui sont déjà là en violation du traité ». « Un important déploiement en Europe de missiles de croisière à moyenne et longue portée russes changerait le rapport de force, mais essentiellement dans le domaine conventionnel, même si les missiles russes ont une double capacité, conventionnelle et nucléaire. Les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont dit qu’ils ne déploieraient pas de missiles sol-sol nucléaires. La question reste de savoir s’il faut de nouveaux moyens militaires, offensifs ou défensifs, pour contrer ces déploiements », précise le directeur adjoint de la FRS. Il faut en effet tenir compte aussi du poids des opinions publiques européennes, et notamment en Allemagne, aujourd’hui encore plus opposées qu’à l’époque de la guerre froide à l’accueil de nouvelles armes nucléaires.

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