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Knock on Wood

UE 2019 : 2 Femmes et 2 Hommes à la tête de l'EUROPE

2 Juillet 2019 , Rédigé par Ipsus Publié dans #EUROPE de l'Atlantique à l'Oural

Union européenne: Deux femmes, deux hommes... Quatre nouveaux responsables nommés à la tête de l'Europe
Europe : grandes tractations et petites manœuvres

Fumée blanche à Strasbourg. Après des jours de négociations, les dirigeants européens ont enfin réussi à s’entendre ce mardi sur leur casting pour diriger l’Union européenne.

Résultat : le belge Charles Michel est nommé à la tête du Conseil européen. Deux femmes ont été nommées aux postes clés : une ministre allemande, Ursula von der Leyen, à la Commission, et la Française Christine Lagarde à la BCE. Enfin, l’espagnol Josep Borrell hérite des Affaires étrangères. Ces candidats doivent encore être confirmés par un vote des eurodéputés

https://theworldnews.net/fr-news/europe-deux-femmes-pour-sortir-de-la-crise

 

 

@quatremer   Le casting final est remarquable à plusieurs égards :

pour la première fois de l’histoire communautaire, la Commission et la Banque centrale européenne (BCE) seront dirigées par des femmes, cette dernière étant quasiment un club réservé aux hommes.

Rien qu’en cela, c’est une vraie révolution.

Mais pour atteindre la parité, il a fallu inclure la BCE dans le paquet final, alors qu’il n’en était pas question au départ.

Il montre aussi un rééquilibrage en faveur des grands pays, surtout du couple franco-allemand, et confirme que l’Europe reste encore une affaire carolingienne :

l’Est doit se contenter d’une vice-présidence de la Commission et d’une demi-présidence du Parlement (deux ans et demi).

Enfin, l’UE sera (un peu) moins à droite : Ursula von der Leyen et Christine Lagarde sont de la droite sociale et «Macron-compatible» et les socialistes vont étroitement encadrer la présidente de la Commission.

Les partis européens ont reçu haut et clair le message envoyé par le président français : sans listes transnationales, pas de Spitzenkandidaten. 

Reste à savoir s’il est acceptable par le Parlement européen.

La réponse tombera dans la semaine du 15 juillet, les eurodéputés devant confirmer à ce moment le choix du Conseil européen, dans un vote à bulletin secret.

Il est fort douteux qu’ils se lancent dans une guérilla avec les chefs d’Etat et de gouvernement, mais certains s’étranglent déjà

Les nouveaux rapports de force au Parlement européen

voir video ci-dessous : 2:27 mn

Au bord de l’abîme, l’Europe s’est sauvée en revenant au bon vieux schéma classique.

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont mis de côté leur « relation de confrontations » et ont ouvert, in extremis, la voie à un accord grâce à un sursaut franco-allemand. L’adage selon lequel l’entente entre Paris et Berlin est un préalable indispensable pour emporter l’adhésion des autres Européens s’est donc vérifié alors que rien ne semblait plus fonctionner entre les deux capitales.

Le symbole est fort ! L’Union européenne a désigné pour la première fois deux femmes aux compétences reconnues aux deux postes les plus importants de ses institutions : l’Allemande polyglotte et francophile Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission et la Française Christine Lagarde à la tête de la BCE. L’influence de la France et celle de l’Allemagne en Europe se trouveront renforcées dans un singulier inversement des rôles. À la Française, le contrôle des affaires monétaires, alors que l’Allemande maîtrisera l’agenda politique.

Après une tentative hasardeuse de porter au sommet de l’exécutif européen un social-démocrate, alors que le PEE (droite) était arrivé en tête aux européennes, Paris et Berlin sont revenus à la raison. Les équilibres politiques et les équilibres traditionnels entre pays de l’Union ont été respectés. Au passage, Emmanuel Macron a réussi à torpiller la règle du Spitzenkandidat par laquelle Angela Merkel prétendait donner plus de légitimité à la désignation du président de la Commission européenne tout en verrouillant le système grâce au poids de la CDU/CSU au PPE. Mais il n’est pas parvenu à provoquer un éclatement du PEE, même si cette crise y laissera des traces.

Reste que les divergences de fond entre Paris et Berlin n’ont pas disparu. Il serait bien imprudent de voir dans ce réflexe de survie un nouvel élan franco-allemand pour l’Europe. Impopulaire dans son pays, Von der Leyen aura la complexe tâche de rassembler une famille européenne traversée de fractures et de la guider sur la voie des réformes. Plus que jamais à l’issue de cette chaotique séquence, il apparaît que le système est à bout de souffle. Il n’a jamais été plus urgent d’imaginer un nouveau processus de désignation des dirigeants européens.

Dominique de Villepin : avec Lagarde et von der Leyen, "il y aura du répondant du côté de l'Europe.
 ( voir video ci-dessous : 2:06 mn )
Europe: Ursula Von der Leyen, une francophile au profil atypique

ELLE PARLE couramment français, anglais et, bien sûr, allemand. De son enfance à Bruxelles, où elle est née, Ursula von der Leyen a gardé le talent d’être polyglotte. Cette qualité lui servira en tant que présidente de la Commission européenne. Le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière, Angela Merkel, se sont entendus pour proposer son nom au Conseil européen, puis au Parlement européen. La ministre allemande de la Défense est la solution surprise des chefs d’État et de gouvernement pour résoudre la crise de leadership au sein de l’Union.

Expérimentée, élue de la CDU, proche d’Angela Merkel, modérée et pro-européenne, Ursula von der Leyen coche plusieurs des qualités requises pour remplir la fonction. Francophile, elle est aussi une personnalité acceptable pour le chef de l’État. En 2018, peu de temps après le discours de la Sorbonne, elle avait donné raison à Emmanuel Macron et à sa formule d’une « Europe qui protège ». « L’Europe doit être à la fois capable d’agir et déterminée. Compte tenu des défis globaux, terrorisme, pauvreté, changement climatique, l’Europe doit accélérer. Ceux qui le veulent doivent pouvoir avancer sans être bloqués par certains », avait-elle poursuivi lors du discours d’ouverture de la Conférence sur la sécurité. Elle est aussi favorable à l’approfondissement de l’Europe de la défense. « Je suis convaincue que l’armée des Européens verra bientôt le jour », a-t-elle déclaré cette année en prenant attention à la formulation de ses idées.

À 60 ans, Ursula von der Leyen est l’une des personnalités fortes de la scène politique allemande. Médecin de formation et mère de sept enfants, elle est aussi une femme atypique. Elle le reconnaît elle-même : son parcours est celui d’une privilégiée. Issue d’une famille aristocratique, Ursula von der Leyen est la fille d’Ernst Albrecht, ministre-président de Basse-Saxe de 1976 à 1990. Personnalité influente au sein de la CDU, celui-ci avait commencé sa carrière comme haut fonctionnaire européen, au sein de la Ceca puis de la CEE.

Le temps de la rivalité 

Née dans un environnement européen, passionnée d’équitation, Ursula von der Leyen n’était pas destinée à la politique. Sa carrière commence d’ailleurs tardivement, au début des années 2000, quand elle s’investit localement en Basse-Saxe. Mais son nom est suffisant pour créer des opportunités et son ascension est rapide. En 2005, Angela Merkel la repère et la recrute dans l’équipe de sa première campagne. Elle s’occupe des questions liées à la famille. C’est à ce ministère que la nouvelle chancelière la nomme ensuite.

Quatre ans plus tard, un remaniement la porte au ministère du Travail. À l’aise dans les talk-shows, Ursula von der Leyen se forge une popularité. Son nom commence alors à circuler pour succéder un jour à Angela Merkel. Mais au sein du parti, sa qualité d’outsider suscite la méfiance. Elle croyait peu en son destin de toute façon : « Il n’y a qu’une Angela Merkel par génération », disait-elle quand elle était interrogée. Le temps de la rivalité est derrière les deux femmes. Ursula von der Leyen a passé son zénith. En 2016, une polémique sur ses diplômes, un sujet très sensible en Allemagne, a écorné son image. Aujourd’hui, sa cote de popularité n’est plus que de 35 %.

Depuis six ans, elle dirige le ministère de la Défense. Le portefeuille est difficile. Sa nomination en 2013 avait été une surprise et synonyme d’une mise à l’épreuve pour elle : victime de sous-investissements depuis des années, la Bundeswehr et ses équipements régulièrement en panne ne sont pas en mesure d’honorer toutes les ambitions de la diplomatie allemande. Or Ursula von der Leyen fait partie de ceux qui ont plaidé pour que Berlin assume un rôle plus important sur la scène internationale. Au bout du compte, elle a obtenu un renversement de tendance : la Bundeswehr recrute et son budget augmente. En 2020, il devrait atteindre 45,1 milliards d’euros. Mais l’Allemagne ne parviendra pas à atteindre l’objectif de 2 % de son PIB consacré à sa défense en 2024. Avec probablement 1,35 %, Berlin est le mauvais élève pointé du doigt par Washington.

Au sein de l’armée allemande, Ursula von der Leyen est modérément appréciée. Le ton qu’elle avait employé pour critiquer « le défaut d’autorité » et l’influence de l’extrême droite dans l’armée a déplu. Ses méthodes de management venues du monde de l’entreprise ont ébranlé l’institution. Les coûteux contrats d’audit qu’elle a commandés lui reviennent aujourd’hui en boomerang. Depuis plusieurs mois, une commission d’enquête parlementaire examine les abus et les maladresses au sein du ministère de la Défense. Cette épée de Damoclès menace Ursula von der Leyen.

Ces polémiques ont nourri les critiques de l’opposition après l’annonce qu’elle pourrait devenir présidente de la Commission. « Elle est la plus faible des ministres », a lancé l’ancien président du Parlement européen et ex-leader du SPD Martin Schulz. « Mais c’est apparemment suffisant pour devenir chef de la Commission », a-t-il ironisé. Si l’élection d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission est confirmée, elle devra être remplacée à Berlin. Mardi, le nom d’Annegret Kramp-Karrenbauer commençait déjà à circuler. Angela Merkel aurait ainsi réussi à placer deux de ses protégées à des fonctions clés.

Charles Michel, un habitué des coalitions impossibles

 

À 44 ANS à peine, deux ans de plus exactement qu’Emmanuel Macron, né un 21 décembre comme lui et avec lequel il entretient des relations très cordiales, il représente la jeune génération. Mais force est de reconnaître que Charles Michel, premier ministre de Belgique par intérim, a d’indéniables atouts pour succéder au Polonais Donald Tusk et assumer le poste délicat de président du Conseil européen, auquel il a été proposé à la faveur du minutieux marchandage qui s’est joué entre chefs d’État pour sortir de l’impasse. Son premier atout est son expérience politique déjà substantielle des situations de crise et des coalitions ingérables, dont la Belgique est coutumière. « Il a une vraie expérience gouvernementale, puisqu’il a eu un poste ministériel dès l’âge de 24 ans », rappelle Francis de Woestyne, éditorialiste en chef à La Libre Belgique. Surtout, « Charles Michel a eu la tâche difficile de conduire une coalition horriblement compliquée dans laquelle son parti, le Mouvement réformateur (centre droit), était la seule formation francophone », note le journaliste. « C’est quelqu’un qui a l’habitude des dossiers délicats et qui, comme beaucoup de Belges, a le compromis chevillé au corps. »

Tombé dans la marmite  

Son deuxième atout, aux yeux de ses « parrains » en Europe, est l’engagement très proeuropéen de ce libéral. Il est « persuadé que les grands sujets comme la migration, la défense ou la fiscalité ne pourront être traités qu’au niveau de l’Union et qu’il faut donc donner une impulsion forte », explique l’éditorialiste. « De ce point de vue, il est très proche de Macron et il s’entend aussi bien avec Angela Merkel, on a vu souvent ces trois-là partager des bières pendant les sommets. Contrairement à d’autres premiers ministres belges, Michel a toujours adoré fréquenter les Conseils européens », précise le journaliste.

Tombé dans la marmite politique tout petit, dans le sillage de son père, Louis Michel, qui a lui aussi été président du Mouvement réformateur, puis président du Parlement et même commissaire européen, Charles Michel devient le benjamin de l’Assemblée nationale belge, à l’âge de 23 ans, avant de se faire élire bourgmestre de Wavre, puis d’accéder au gouvernement fédéral comme ministre de la Coopération. Il succède ensuite à son père à la tête du Mouvement réformateur francophone en 2010. C’est en 2014 qu’il devient le premier ministre, le plus jeune de l’histoire de la Belgique, acceptant de signer un accord de gouvernement avec trois formations flamandes, dont le parti nationaliste NV-A. Après avoir mené une politique de privatisations de plusieurs services d’État, son gouvernement va se défaire sur la question de l’adhésion au Pacte de Marrakech sur les migrations, en décembre 2018, le parti nationaliste flamand du NV-A refusant la signature en invoquant la perte de souveraineté qu’elle impliquerait. Michel reste en place pour gérer les affaires courantes.

« Cette cohabitation de cinq ans lui a donné une vraie expérience de la manière dont il faut parler avec les nationalistes. Il connaît leur mentalité », dit Woestyne. Michel avait d’ailleurs pris pour ministre de la Migration et de l’Asile le nationaliste flamand de la NV-A Theo Francken, qui est sur une ligne dure. Connu pour avoir un caractère emporté, contrairement à la « rondeur de son père », Michel ne s’est pas privé de critiquer le style de son ministre, mais l’a laissé appliquer un strict contrôle de la migration, jusqu’à ce que Francken claque la porte. « Il est partisan de la fermeté », dit Woestyne. Il a notamment imposé un durcissement de la position belge sur son sol face à l’Arabie saoudite.

Le journaliste de La Libre Belgique appelle à ne pas le sous-estimer, car il fait partie, comme le Français Emmanuel Macron et le Néerlandais Mark Rutte, d’une génération qui a la « capacité à donner un nouveau souffle ». Pour les observateurs, la question qui se pose sera de savoir si le politique belge saura s’affranchir de la pesante influence de ses parrains franco-allemands, pour porter une stratégie de long terme. La version « chagrine et pessimiste », dit l’éditorialiste de La Libre Belgique, est que « le choix de Michel traduit seulement le désir des grandes puissances de puiser dans le vivier des petites nations comme la Belgique pour avoir des personnages malléables ». « Pour réussir sa mission, il ne devra pas se contenter d’être le plus petit commun dénominateur », avertit le journaliste belge.

En nommant Christine Lagarde, 63 ans, les Vingt-Huit ont fait un choix politique plutôt que technocratique.

L’ancienne ministre de l’économie de Nicolas Sarkozy (2007-2011), à la tête du FMI depuis huit ans, a l’immense avantage de très bien connaître les leaders européens.

Elle est particulièrement appréciée de la chancelière allemande Angela Merkel, qui lui a rendu hommage mardi : « elle a été choisie parce qu’elle a pris un rôle de leader indiscutable au FMI  ......

« Christine, c'est le calme des vieilles troupes dans le tailleur d'une femme moderne, ultra-technicienne, mais dotée d'un fort capital sympathie », résume un ex-conseiller.

titre de comparaison, Michel Barnier, l'autre Français dans le nom revenait souvent, était perçu « comme compétent, mais vieux monde », confie, cruel, une source bruxellois

UE 2019 : 2 Femmes et 2 Hommes à la tête de l'EUROPE
Christine Lagarde, le retour aux sources européennes

ENCORE une fois, elle va bouleverser des habitudes. À Bercy, elle fut la première locataire du ministère des ­Finances à talons. Au FMI aussi. À la BCE, elle sera de nouveau la première patronne en tailleur. Et, de surcroît, sans avoir jamais dirigé une banque centrale nationale, comme ce fut le cas des illustres gouverneurs qui se sont succédé ces dernières années - Wim Duisenberg, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi. Une vraie pionnière. Ces messieurs de Francfort vont devoir s’y habituer.

Qu’elle semble loin, la couverture de presse de L’Express il y a dix ans, qui interrogeait : « Christine Lagarde : fortiche ou potiche ? »… La question ne se pose plus aujourd’hui, tant l’expérience acquise par Christine Lagarde est exhaustive.

D’abord avocate, elle montera jusqu’en haut de l’échelle pour finir par présider le cabinet Baker & McKenzie en 1995 ; en 2004, le magazine américain Forbes la fait entrer dans la liste des cent femmes les plus puissantes du monde.

Du jour au lendemain, en 2005, elle quittera Chicago pour intégrer le gouvernement Villepin au ministère du Commerce extérieur, et se mettre à parcourir le monde pour vanter les produits français à l’étranger et aider les PME à exporter.

Après des débuts difficiles comme ministre de l’Économie et des Finances de Nicolas Sarkozy, elle marquera ensuite son empreinte pendant la crise en enchaînant les nuits blanches pour sauver des banques et mener d’une main de fer des négociations internationales marathon. Sans avoir ce défaut si spécifique aux Français quand ils se retrouvent face à leurs homologues étrangers : l’arrogance. Et dans un anglais parfait, bien entendu.

Directrice générale du Fonds monétaire international à partir de 2011, elle sera au front pour gérer les stigmates des turbulences financières et économiques. Les banquiers centraux de la planète, elle les connaît tous, ne serait-ce que parce qu’elle participe, dans le cadre enchanteur de Jackson Hole, niché au cœur des montagnes américaines du Wyoming, à leur grand-messe annuelle.

Mendès France et Delors à la table de son père 

Partout où elle passe, sa force de travail convainc, même les plus sceptiques, parfois désarçonnés par cette grande dame élégante, capable de révéler des qualités d’endurances insoupçonnables.

Ses proches louent sa force de travail, y compris nocturne. Un temps, Christine Lagarde a pensé écrire un ­livre qu’elle voulait malicieusement intituler « Mes nuits avec vos hommes », et qui aurait raconté ses rencontres professionnelles, tard le soir, à Bercy.

Ce rythme, celui d’un chef d’État, elle le tient encore aujourd’hui parce qu’elle a une vie saine : pas d’alcool, pas de viande - elle adore, quand elle est de passage, se faire un plat végétarien dans le petit restaurant ouvert il y a quelques années par son fils dans le centre de Paris -, un peu de sport chaque jour.

Ces derniers mois, elle n’avait pourtant pas caché à certains proches sa lassitude d’être tout le temps entre deux avions, à parcourir le monde, aussi passionnant le job soit-il. L’Europe lui manquait. Peut-être les souvenirs de l’engagement européen de son père, Robert Lallouette, remontaient-ils…

Très actif dans les cercles pré-mitterrandiens, ce dernier côtoyait de futures grandes figures de la gauche chrétienne et dans la Normandie de la jeune fille, la famille recevait à dîner Pierre Mendès France et Jacques Delors. En écoutant leurs conversations, « je faisais le service à table », raconte-t-elle, dans les moments où elle se livre.

Ces scènes gravées dans la mémoire de l’adolescente ne sont pas pour rien dans l’engagement d’aujourd’hui de Christine Lagarde. Angela Merkel l’avait bien compris qui, il y a cinq ans, avait évoqué son nom pour la présidence de la Commission. Une proposition qui s’était, alors, heurtée à François Hollande. Et qui semblait à l’époque compliquée à concrétiser, l’affaire Tapie n’ayant pas été réglée. La Cour de justice de la République (CJR) a, depuis, estimé que l’ex-ministre de l’Économie avait été « négligente » en autorisant en 2007 une procédure arbitrale avec Bernard Tapie pour solder son litige avec l’ancienne banque publique Crédit lyonnais, mais elle l’a « dispensée de peine ».

La plongée et l’opéra 

Et puis, surtout, ses moments d’aération, elle les vit à Marseille, où est installé son compagnon, l’entrepreneur Xavier Giocanti. Son petit plaisir, à elle qui pratiqua la natation synchronisée dans sa jeunesse, c’est la plongée dans les eaux turquoise de la Méditerranée. Et l’opéra, dès qu’elle le peut. Elle devait d’ailleurs être à Aix-en-Provence le week-end prochain, pour participer aux Rencontres organisées par le Cercle des économistes, mais aussi pour profiter du Requiem de Mozart et de Tosca de Puccini (une de ses œuvres préférées) au Théâtre de l’Archevêché. L’agenda pourrait bien être chamboulé…

Avec la nomination du ministre des Affaires étrangères espagnol, Josep Borrell, pour remplacer Federica Mogherini à la tête de la diplomatie européenne, c’est une nouvelle victoire ­engrangée par le président du gouvernement de Madrid, Pedro Sanchez. Son parti, le PSOE (Parti socialiste espagnol) s’était imposé aux législatives, en avril dernier, puis aux européennes, un mois plus tard. Dès lors, auréolé de succès obtenus dans les urnes sur un agenda résolument pro­européen - prouesse plutôt rare actuellement sur le continent -, M. Sanchez n’avait eu dès lors de cesse de vouloir « faire davantage exister » Madrid à Bruxelles. Son cheval de Troie n’était autre que le chef de la diplomatie espagnole depuis 2018, Josep Borrell i Fontelles, 72 ans, par ailleurs ancien président du Parlement européen entre 2004 et 2007. Un profil a priori bien calibré pour parler aux grands de ce monde, au nom de l’Europe.

L’homme est par ailleurs connu pour son caractère bien trempé. Une qualité nécessaire pour relever l’audacieux pari qu’il revendique : faire avancer l’intégration de l’Union européenne et accroître ses capacités d’action - il plaide à cet égard pour la fin des prises de décision à l’unanimité en matière de politique extérieure.

Peu adepte de la langue de bois, ­Josep Borrell peut parfois aussi se montrer irritable. Cela a été le cas, en mars dernier, lorsqu’il avait interrompu, furieux, une interview sur une chaîne allemande face à la remise en question de l’indépendance de la justice espagnole dans le dossier catalan. Il s’agissait, il est vrai, d’un de ses chevaux de bataille : fermement anti-indépendantiste, Josep Borrell s’est illustré ces dernières années par sa farouche opposition aux séparatistes dans sa région natale de Catalogne.  

La Danoise Margrethe Vestager, nommée vice-présidente de la Commission

 est, une déçue du jour. La commissaire à la Concurrence (depuis 2014) figurait aux élections européennes en tête de liste (Spitzenkandidat) de l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE), en bonne place donc pour succéder à M. Juncker. Âgée de 51 ans, plusieurs fois ministres dans son pays (Économie, Intérieur, Éducation…)

Mme Vestager s’était fait connaître par les lourdes sanctions financières infligées aux multinationales américaines accusées à Bruxelles d’abuser de leur position dominante ou d’échapper au fisc. Donald Trump l’avait même qualifiée de « Tax Lady », ce qui dans sa bouche n’avait rien d’un compliment.

Mais en février dernier, son veto au projet de fusion entre Alstom et Siemens lui avait valu de sévères critiques de part et d’autre du Rhin.

Outre le soutien des libéraux, elle misait néanmoins sur la règle non écrite de l’équilibre hommes-femmes pour s’imposer.

Elle est doublée sur le fil par Ursula von der Leyen, femme elle aussi, mais surtout allemande…

Après 48 heures de marchandages, les dirigeants européens se sont entendus ce mardi sur leur casting pour diriger l’UE, qui verra deux femmes occuper pour la première fois deux postes clés.

Cerise sur le gâteau, Ursula von der Leyen est francophone et francophile.

Quant aux deux autres « spitzenkandidaten », la libérale Margrethe Westager et Frans Timmermans, les Vingt-huit sont tombés d’accord pour leur donner un siège de vice-président de la Commission chacun, manière de ménager les susceptibilités.

Avec le libéral belge Charles Michel à la présidence du Conseil et l’Espagnol (S & D) Josep Barrell comme Haut-Représetant aux Affaires étrangères.

Avec toutefois quelques absents à ces postes de prestige :

-  les pays de l’Est, en particulier ceux du groupe de Visegraad n’y sont pas représentés. « Ils ont mis beaucoup d’énergie à exclure des candidats », relève un diplomate européen.

- Surtout, aucun représentant des Verts, quatrième force sortie des urnes lors des élections.

« Les Verts n’ont plus le monopole de l’écologie », a taclé Macron. « Ce qui est de la compétence du conseil européen doit être respecté », a-t-il prévenu.

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