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Knock on Wood

la Horde et la possession par Sibylle Grimbert

7 Mai 2019 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Dans L'AIR DU TEMPS

Ganaël rêvait depuis des siècles de posséder un être humain quand il a rencontré Laure, 10 ans, une petite fille vive, drôle, si douce. Maintenant il est en elle, et il raconte son irrésistible prise de pouvoir sur Laure. Bientôt, il pourra lui apprendre la cruauté, la voracité, l’absence totale de pitié qu’il est venu répandre dans le monde. Mais les humains sont un peuple étonnant : rien ne se passera comme prévu

Comme Laure a 10 ans , en dehors du théme principal du livre sur la " possession démoniaque " , on peut se demander s'il n'y a pas aussi une réflexion sur les influences qu'on peut avoir à cet âge ? 

la Horde et la possession par Sibylle Grimbert
la Horde et la possession par Sibylle Grimbert

Extrait : "J'ai donc eu l'idée de me décrire, de m'inventer un physique plus exactement, un aspect très inattendu qui lui montrerait qu'elle et moi sommes deux êtres différents. Il fallait éviter les pieds fourchus, les mentons pointus, les cornes et autres fanfreluches folkloriques qui l'auraient effrayée, et bien sûr la réalité : une forme plus ou moins gazeuses incompréhensible pour quelqu'un de son âge.

J'ai fait une composition à partir d'une tortue et d'un garçon. À vrai dire, maintenant je sais que sans le faire exprès je suis tombé sur ce que serait un garçon de onze ans dans un déguisement de tortue Ninja - un personnage de dessins animés assez en vogue. Cette tentative aurait pu se révéler dramatique. Mais, alors que je me décrivais, elle a soudain éclaté de rire."

Y a t-il des thèmes qui vous tiennent à cœur quand vous écrivez ? Vos livres ont-ils un fil conducteur commun ?

Un peu : une certaine indécision et panique autour de la question de ce qu’on est, c’est énorme à dire, mais comment vit-on, de quelle texture, quelle volonté est faite la vie, pourquoi suis-je ceci et pas cela ? Ici, Laure et Ganaël, le démon qui l’envahit, l’illustrent encore. Ils changent, sont influencés l’un par l’autre, luttent parfois l’un contre l’autre. Finalement, cela revient à la même chose: de quoi suis-je fait ? Qu’est-ce que je décide, seule ? Rien sans doute.

La Horde, votre nouveau roman, est surprenant et semble différent dans le paysage français actuel par son côté horreur/fantastique, d’où vous est venu l’idée de ce livre ?

L’envie de retrouver ce sentiment, que j’aime, de la peur, des sorcières ou des fées (peur délicieuse et profonde, dont le modèle est Shining et je dis ça alors que je n’arrive plus à voir de films d’horreur, sauf à ne pas dormir pendant longtemps). En fait, je cherchais la rencontre avec ce qui est inquiétant parce que cela vous échappe complétement ; un démon vous envahit : comment y croire ? Du coup, j’aimais bien la confrontation du rationnel (le monde de la petite fille, Laure, ses parents, ses amies, ses vacances comme toutes les vacances de petites filles) et du mystérieux, de l’inexplicable.

Le récit est raconté à travers la voix du démon Ganaël. Comment avez-vous construit la personnalité de ce personnage ?

D’abord je savais que j’allais l’aimer. C’est important car je sais que je ne pourrais pas m’intéresser à un personnage répugnant, un sérial killer par exemple. Je savais qu’il serait sensible, touché par les humains, qu’il devait chercher à les comprendre, à percevoir leur beauté, mais aussi leur mouvements plus triviaux ou brutaux. En somme : pour agir efficacement, il devait saisir la vie. A partir de là, il a grandi tout seul, un peu comme dans le livre il grandit dans le corps de Laure.

C’est un roman qui remet en cause les notions de Bien et de Mal, notamment le rapport à l’enfance…

Je ne dirais pas ça. L’enfance, comme l’âge adulte, est mêlée, subit des impulsions parfois dures, parfois amusantes ou tendres. Il suffit de se souvenir de la cour de récréation pour revoir combien l’enfance est un monde âpre, avec des alliances qui se font et se défont sans cesse, des luttes de pouvoir, des sentiments exacerbés – une forme brute d’expérience du monde et des autres. Ce n’est pas la question du bien ou du mal. C’est l’âge adulte avant la bienheureuse civilisation, le raisonnement que grandir apporte. En ce sens, Laure va, à cause de Ganaël et, au fond, contre sa volonté, interrompre le mouvement de la civilisation, et entrer dans la sauvagerie assumé

C’est l’été. Laure, 10 ans, et ses parents viennent d’arriver dans le village de vacances où ils comptent profiter au mieux de leurs congés.

Ils ignorent que le démon Ganaël a jeté son dévolu sur l’enfant et qu’il est sur le point de prendre possession de son corps 

 nous sommes bel et bien en présence d’un roman fantastique centré sur l’histoire d’un démon qui a décidé de s’incarner.

Ce thème de la possession est l’un des plus courus en matière de récits fantastiques.

Les cinéphiles penseront bien sûr à « L’exorciste » tandis que les lecteurs évoqueront plus volontiers Lovecraft ou Graham Masterton.

Pour ma part, c’est à « Petite chanson dans la pénombre » de la regrettée Anne Dugüel que j’ai immédiatement songé. Les deux romans partagent en effet l’idée d’une petite fille qui devient le jouet d’un esprit maléfique, fantôme chez d’Anne Dugüel, démon dans celui de Sibylle Grimbert. Dans les deux cas cet esprit tente, avec plus ou moins de réussite, de soustraire sa volonté à celle de l’enfant et ce sont ces essais et leurs conséquences sur la victime et son entourage qui nous sont décrits.

La comparaison s’arrête toutefois là car dans « La horde », le combat que se livrent le démon et l’enfant est autrement plus difficile et plus subtil.

Moins manichéen aussi puisque « possesseur » et possédée font tour à tour preuve de compassion et de méchanceté, le démon s’humanisant et la fillette découvrant son potentiel démoniaque.

Les relations entre l’un et l’autre sont donc au cœur du roman.

Sibylle Grimbert prend tout son temps pour nous montrer de qu’elle manière Ganaël cherche à soumettre sa victime, comment il lutte contre sa volonté, usant de persuasion puis de violence et de contrainte.

Toutefois, si le démon connaît bien l’espèce humaine pour l’avoir observée depuis fort longtemps, il va se rendre compte que vivre leur vie de l’intérieur est une expérience surprenante. Il découvre des sensations nouvelles et surtout la force des sentiments, la colère, l’amour...

Du point de vue de l’enfant, l’expérience est tout aussi passionnante.

La petite Laure ne s’en laisse pas conter et, après la surprise des premiers moments puis une période de déni, elle va devoir choisir entre la lutte ou l’acceptation de son hôte avec ses inconvénients mais aussi ses avantages.

Tout cela nous est raconté avec une extrême minutie et c’est lentement, jour après jour, que nous assistons à cet affrontement.

Sibylle Grimbert a eu la bonne idée de situer l’action de son roman sur une courte période et dans un espace limité, en l’occurrence un village de vacances le temps des congés d’été.

Cela lui permet de faire évoluer sa petite héroïne dans un cadre particulier où elle peut échapper à l’attention de ses parents, vivre de nouvelles expériences et se forger un caractère, une personnalité.

On se rend ainsi compte que les enfants ne sont pas aussi innocents que l’on pourrait le croire et qu’ils peuvent faire preuve de duplicité et de méchanceté dans leurs relations avec les autres. Les parents de Laure, son entourage, ses amies et même Ganaël vont en faire l’expérience…

« La horde » est donc un bon roman fantastique qui nous propose une histoire de possession intimiste, sans effets de manches ni violence inutile. Si le fait de paraître dans une collection blanche peut lui permettre d’amener au fantastique un public habituellement peu féru du genre, je ne suis pas sûr en revanche que les amateurs de SF ou de fantastique le remarque d’autant que ni le titre, ni la couverture ne sont explicites. Et ce serait vraiment dommage car ils y trouveraient tout à fait leur compte.

 

la Horde et la possession par Sibylle Grimbert
la Horde et la possession par Sibylle Grimbert
la Horde et la possession par Sibylle Grimbert

Sybille Grimbert :  C’est une thématique tout aussi universelle, les caractères de l’enfance de toujours : la nécessité de trouver sa place dans la communauté des enfants, la passion amicale, les sentiments exacerbés. C’est une période où tout est à découvrir, tout arrive pour la première fois ou presque, un temps où on n’est pas sûr que ce qui arrive d’anormal est anormal. Or, puisque Laure est envahie par un démon, le bizarre, l’étrange a vraiment lieu. Mais, à dix ans, elle se demande si cette étrangeté n’est pas la vie telle qu’elle est, et qu’on aurait pas eu encore le temps de lui décrire ».

la Horde et la possession par Sibylle Grimbert
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