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Knock on Wood

le Pressentiment ( J-P Darroussin )

12 Juin 2010 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Comme au CINEMA

chapeau.jpg  http://bit.ly/9hYhK7

L'avocat Charles Benesteau décide brusquement de rompre avec la bourgeoisie à laquelle il appartient.

 Il quitte famille, amis, situation et richesse pour chercher la liberté dans la solitude et l'exil intérieur, dans un quartier populaire parisien.

 Il rejette un monde cruel et incapable d'un geste désintéressé.

 Pressentiment14.jpgMais changer de vie ne paraît extraordinaire que pour les autres, et le dévouement désintéressé de Charles va provoquer la suspicion.

 Il est pris dans une spirale infernale, kafkaïenne, exprimant la question fondamentale :

 'Maîtrisons-nous notre destinée ou sommes-nous le jouet d'une main invisible ?'

 

490.jpg

http://bit.ly/9KomJW

Le Pressentiment est l'adaptation du roman d'Emmanuel Bove, paru en 1935 chez Gallimard.

 

JPD : Emmanuel Bove est un romancier qui écrit des personnages romanesques. C’est un type qui s’inscrit dans la lignée des auteurs russes comme Tchekhov.

 Il est très imprégné par cela, mais avec un style très différent, très épuré.

 

A travers tous ces personnages, il est toujours question de quelqu’un qui remet en cause son destin à travers les règles d’une communauté qui lui impose un destin.

 

C’est quelqu’un qui essaye de remonter la pente de ce qui lui a été imposé, et de la fatalité dans laquelle il se trouve.

velo-jpd.jpgIl essaie d’être à contre-courant et de se démarquer.

 Il se pose des questions auxquelles il est impossible de répondre, un questionnement universel qui est en quelque sorte “être ou ne pas être ?

 

” Doit-on accepter ce que l’on est, ou peut-on accepter de n’être rien pour renaître à quelque chose qu’on ne connaît pas et qui va nous enrichir d’une autre façon ?

 

 Il y a également chez cet auteur un humour, une façon de choper tous les travers, tous les ridicules de l’humanité.

 Emmanuel Bove a vécu un très fort déclassement dans sa jeunesse.

Il a été élevé par sa mère dans un taudis total avec des rats partout, mais son père s’est remarié avec une riche héritière qui avait une grande villa sur la Côte d’Azur.*

 

 Il a donc connu ce grand écart et a mesuré la difficulté de trouver sa place quand on est déclassé, et donc inclassable.

 

Quel sens peut-on donner au fait que, dans le livre comme dans le film, le personnage ne parvient pas à se séparer de son héritage ?

Pressentiment2.jpgJPD : C’est ce qu’il y a de plus difficile à laisser et il le dit dans le film.

 L’argent permet de voyager, permet cet ailleurs.

Réfléchir à l’espoir d’être quelqu’un d’autre n’est pas forcément synonyme de déchéance, de renoncement total.

Ce serait trop morbide.

Pressentiment9.jpg L’espoir d’un ailleurs est toujours l’espoir d’une reconstruction qui a très souvent comme base l’argent.

Benesteau trouve cela dommage car il a des scrupules.

Evidemment, il sent bien qu’éthiquement, on peut lui reprocher cette facilité-là.

C’est la petite tache qu’il a au fond de lui : cet échec de ne pas parvenir à se détacher de l’argent.

Mais il essaie et comprend petit à petit que la façon dont il peut s’impliquer dans la vie passe aussi par son nantissement.

 Le fait de conserver cet argent ne l’exonère pas d’un peu de générosité.

 

pressentiment100.jpg  http://bit.ly/9NfJ5G

JPD : J'avais gardé le souvenir d'un récit assez mystérieux, hanté d'éléments troublants comme, par exemple, la façon dont les personnages évoluent, et notamment le héros qui parvient à s'abstraire du réel dans le sens où il ne vit pas la situation qui existe autour de lui.

 Il est comme sur une scène de théâtre, il y circule sans être apparemment concerné par le monde.

 Pour moi, la problématique traitée par Emmanuel Bove est la manière dont on ne parvient pas à comprendre, à maîtriser son existence."  http://bit.ly/bQu5et

 

jpd-filme.jpgJ'essaie toujours de rester dans un état d'affranchissement d'une codification trop élaborée de notre société où tout est trop standardisé, dans laquelle il faut essayer de correspondre au schéma qu'on a tenté de vous inculquer et de m'inculquer", avoue-t-il.

"C'est pour cette raison qu'il y a à la fin du film une réplique écrite à propos du personnage que je joue :

"Il était quand même un peu spécial".

Cette phrase je l'entends souvent à mon propos."

 

Le héros du Pressentiment vit le contraire.

Il sait ce qu'il abandonne en allant dans une classe socialement moins riche.

 La vie est tellement différente quand on vit dans la protection et le confort, a contrario elle est plus dure, plus âpre pour tout.

 

 La beauté par exemple fait que l'existence est beaucoup plus simple, aimable, reposante.

jpd-assis.jpg Quand vous habitez dans un lieu avec une vue magnifique vous êtes déstressé assez naturellement, en communion avec le monde alors que lorsqu'on nage au milieu de la vulgarité, c'est beaucoup plus difficile de se dépêtrer de ses aliénations.

 

Donc en se déclassant volontairement, le héros du Pressentiment est un véritable aventurier."

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