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Knock on Wood

l'âme des nations

1 Octobre 2012 , Rédigé par Ipsus Publié dans #GEOPOLITIQUE

ame-nations-copie-1.gif

  En mettant en avant, dans l'histoire des grands pays, ce qui résiste aux chocs et au progrès, Alain Minc analyse la crise européenne

Le Royaume-Uni toujours en lutte pour éviter que ne domine un seul pays sur le continent ;

la Russie et son complexe d'encerclement ;

l'Allemagne vouée au culte de l'Etat rationnel et du peuple-nation ;

les Etats-Unis messianiques et isolationnistes  http://goo.gl/rdkl2t

la France, enfin, obsédée par ses frontières et sa volonté de puissance...

 

Dans L'Ame des nations, Alain Minc dissèque l'histoire de chaque grand pays pour en extraire son ADN, cet invariant qui résiste aux vicissitudes du temps comme aux lumières du progrès.

C'est brillant, convaincant, érudit et... très utile pour comprendre les soubresauts de l'Europe d'aujourd'hui.

 

D'où vient l'ADN français "géographie et puissance"?

L'acte fondateur de la France, c'est quand elle choisit d'avoir un destin continental plutôt que maritime.

Le choix inverse aurait fait d'elle un pays impérial, commercial, capitaliste, avec une démocratie parlementaire à l'anglaise.

Continentale, elle est embringuée dans une vision du continent où elle développe le mythe des frontières naturelles.

La France a toujours surévalué sa force ; au xviie siècle, elle était la grande puissance de l'Europe, notamment par sa démographie, qui la plaçait à l'échelle du continent comme la Chine est aujourd'hui à l'échelle du monde, mais elle n'était pas une hyperpuissance. 

alain-minc.jpg http://goo.gl/lq9Z7

 

Qu'est-ce qu'une hyperpuissance?

C'est un pays qui peut battre la coalition de tous les autres ;

la France pouvait battre chacun des Etats qu'elle affrontait et certaines coalitions partielles, mais pas l'union de tous.

Le croire a perdu Louis XIV, en partie, et détruit Napoléon.

La France n'a pas les moyens de résister à l'Europe coalisée.

 

Comment pouvez-vous écrire que "la France est un gros canton dans une Europe en voie de marginalisation"?

La marginalisation n'est pas incompatible avec la construction européenne, mais la dynamique capitaliste qui mène la planète fait que nous nous éloignons du centre du monde, désormais fixé quelque part entre Vancouver et Shanghai.

La seule manière intelligente de gérer notre déclin est l'intégration européenne.

Tous les pays de l'Union sont des gros cantons !

La pétulante Allemagne va s'effondrer d'ici cinquante ans à cause de sa démographie.

Dans la relation franco-allemande, la France a tous les atouts à long terme et tous les handicaps à court terme.

Le vrai ratio de dette, la vraie capacité de rembourser, est le PIB par tête : or, en 2040, l'Allemagne aura perdu 10 millions d'habitants et la France en aura gagné 10 millions ; la dette allemande sera donc de 20 points supérieure à celle d'aujourd'hui.

La France a l'atout de sa démographie et celui de son épargne.

Du fric et des gosses : quelle chance !

Mais à court terme, c'est compliqué.

Entre 1983 et 1995, la politique française et la réunification allemande, coûteuse, nous donnent un avantage de compétitivité de 10 à 15 % sur l'Allemagne ;

entre 1995 et 2007, nous passons à 10-15 % de retard !

Ce renversement s'explique par trois raisons :

une de gauche, les 35 heures ;

une de droite, le laxisme de Jacques Chirac, notamment sur le smic ;

une allemande : les réformes Schröder.

Mais nous pouvons très bien rééditer ce que nous avions accompli entre 1983 et 1995.

 

Les ADN des pays ont muté : progrès ou déclin?

L'ADN allemand mute, mais demeure lui-même, mêlant le peuple-nation et l'Etat rationnel.

Le patriotisme constitutionnel d'Habermas a fait de l'Allemagne le pays le plus démocratique d'Europe, avec la cogestion sociale, le fédéralisme, la cour de Karlsruhe, le rôle des fondations, etc.

C'est l'avatar très sympathique de l'Etat rationnel.

Et comme le peuple-nation est dans son territoire depuis la réunification, l'Allemagne est "bien dans ses baskets".

On l'a vu lors de la Coupe du monde de football, en 2006 : elle était patriote, gaie et décontractée.

Et elle a eu l'élégance de perdre, en présentant une équipe bigarrée, "Multikulti", qui illustrait la décision fondamentale de Schröder et Fischer d'instaurer le droit du sol pour la nationalité.

 

L'Allemagne aimable, est-ce irréversible? http://goo.gl/xoywi6

Je crois. C'est d'ailleurs son problème : l'Allemagne est devenue une grosse Suisse, sans la vision du monde d'une grande nation.

La France, elle, a gardé cette vision, mais si la géographie est toujours là, la puissance a disparu et ne peut revenir qu'à travers l'Europe, ce "levier d'Archimède de la France", comme disait de Gaulle.

En 1989, François Mitterrand conclut un marché avec Helmut Kohl : l'unité de l'Allemagne contre la création de l'euro.

 

Aujourd'hui, il faut saisir la perche tendue par Angela Merkel, un projet fédéral avec élection du président de l'Europe.

Nicolas Sarkozy avait une conception de l'Europe plus proche du plan Fouchet, avec un directoire des grandes puissances, que du plan Monnet, fédéral.

François Hollande, lui, a peur de Laurent Fabius et des nonistes !

Il faut prendre l'Allemagne au jeu du fédéralisme, sinon, nous courons le risque d'être marginalisés.

Attention : en Europe, rien ne peut s'inventer sans la France, mais tout peut fonctionner sans elle.

L'Europe est dirigée en ce moment par une Allemande et deux Italiens, Mario Monti et Mario Draghi. 

 

 

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