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Knock on Wood

Dorian Gray et l'effet miroir

3 Décembre 2010 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Comme au CINEMA

dorian 
Le Portrait de Dorian Gray sort du placard :
http://goo.gl/EyfQv3
 
En dehors des Psy qui analysent l'EFFET MIROIR
cette notion littéraire date de 1890  http://bit.ly/iWLfcO
 
affiche dorian
Le portrait de Dorian Gray
(The Picture of Dorian Gray)
est un film américain réalisé par Albert Lewin
et sorti en 1945.
'La seule manière de se délivrer d'une tentation, c'est d’y céder.'
" aimer,c'est se surpasser "    Oscar Wilde
 
« Le portrait de Dorian Gray » est un roman écrit par Oscar Wilde et a été publié en 1890 dans les journaux.
 Ce roman a été qualifié d’immoral par les Victoriens qui étaient connus pour leur mentalité puritaine et leurs strictes valeurs morales.
 Oscar Wilde avait pris pour habitude de les choquer par ses écrits. 
   dg1
 
  
Ce dossier a été réalisé par Francine Fatoux, professeur d'anglais au CNDP et Loïc Joffredo, professeur d'histoire et géographie au CNDP.

  Une adaptation fidèle ?  

Du roman au film.

De toute évidence, le film reste très fidèle au roman, à son mystère, à son étrangeté, à son esthétique « décadente ».

Il lui emprunte même un grand nombre de répliques (outre celles qui tiennent lieu de philosophie du dandysme).
Néanmoins, après avoir attentivement lu le roman, on discernera les quelques ajouts et absences qui marquent les différences entre l'œuvre originale et son adaptation cinématographique.

On pourra s'interroger sur le sens de ces transformations dans l'économie d'un film réalisé à Hollywood dans les années 1940.  

 

Le tableau.

Il est la raison d'être de ce lieu, puisque celui-ci ne semble exister que pour le contenir.

Comme chaque fois qu'un spectateur du portrait est placé devant lui, on remarque d'abord son regard frappé de stupéfaction avant d'être nous-même soumis à cette stupéfaction : le suspense dure volontiers.

 L'effet de surprise est d'autant plus vif que le plan du tableau est, au moins dans la séquence du meurtre, en couleurs : le portrait n'en apparaît que plus rebutant.  

     

Le couteau.

Que fait donc dans un grenier l'objet du meurtre et du « suicide » ?

Le roman précise qu'il avait servi à Dorian Gray à couper une corde qui a soutenu la draperie du tableau : sa présence romanesque est donc justifiée.

Dans le film, il est là, symboliquement, pour que le jeune homme joue avec et s'amuse à le ficher dans un pupitre.

 Celui-ci porte, très ostensiblement, la gravure d'un cœur (souvenir d'une amourette d'enfant ?) que le stylet transpercera donc, comme un rappel des femmes dont le jeune homme a déjà honteusement brisé les cœurs.

La lampe.
Dans le roman, il n'est question que d'une simple bougie.
Dans le film, il s'agit d'une lampe à pétrole, suspendue au plafond.
Dans les deux premières séquences qui se déroulent dans le grenier, la lumière diurne qui provient des fenêtres suffit à éclairer un lieu qui n'a pas encore acquis son caractère fantastique.
Avec les séquences du meurtre et du « suicide », cette lampe prend tout son sens. Sa lumière projette d'inquiétantes ombres sur les murs et, surtout, son oscillation au moment du meurtre fait passer chaque plan de l'obscurité à la clarté en un mouvement de contraste qui fait ressortir la teneur manichéenne du personnage et du lieu.
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  Les citations

«La fatalité veut que l'on prenne toujours les bonnes résolutions trop tard. »
[ Oscar Wilde ] - Extrait de Le Portrait de Dorian Gray

«Dire qu'un livre est moral ou immoral n'a pas de sens, un livre est bien ou mal écrit c'est tout.»
[ Oscar Wilde ] - Extrait de Le Portrait de Dorian Gray

«Nous devrions garder la couleur de la vie, mais ne jamais nous souvenir des détails. Les détails sont toujours vulgaires.»
[ Oscar Wilde ] - Extrait de Le Portrait de Dorian Gray

«La vie est une grande désillusion.»
[ Oscar Wilde ] - Extrait de Le Portrait de Dorian Gray

«Sachez que je puis croire toute chose, pourvu qu'elles soient franchement incroyables.»
[ Oscar Wilde ] - Extrait de Le Portrait de Dorian Gray

 

 "Il lui arrivait de considérer le mal comme un simple moyen de réaliser sa conception du beau."
le Portrait de Dorian Gray

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Des personnages en portrait

On analysera la manière dont les principaux personnages apparaissent dans le film, pour vérifier qu'ils sont tous à leur manière des représentations.
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Dorian Gray, cet obscur objet du désir. Le jeune esthète est le constant objet du regard, fasciné, jaloux ou réprobateur, des gens qui le rencontrent.

Chaque nouveau personnage nous est présenté comme un spectateur de Dorian Gray.

Sur le visage lisse et inexpressif du jeune homme, chacun semble projeter ses désirs et ses idéaux inavoués : Sibyl Vane en fait un Tristan de roman de chevalerie, Gladys y voit un éternel amoureux.

Seul Dorian Gray lui-même n'est renvoyé qu'à sa propre réalité : celle d'un corps corrompu dont le tableau-miroir renvoie l'image.
 
Les personnages dans le cadre.

Tous les personnages apparaissent à l'écran à l'intérieur de cadres fermés, comme s'ils étaient des représentations picturales : Lord Henry Wotton, enchâssé dans l'habitacle de sa calèche au tout début du film, comme dominant et ignorant la rue qui défile derrière lui ; Dorian Gray, bien sûr, dont on voit d'abord une esquisse de visage accrochée au chevalet de Sir Basil Hallward ; Sibyl Vane, sur la scène des Two Turtles, dans un tableau vivant qui s'anime bientôt ; Gladys, en jeune femme vue sous la forme d'un portrait encadré contemplé par Dorian Gray.

Seul Sir Basil Hallward échappe à cette règle. Mais n'est-il pas celui qui fait les portraits et peut donc s'abstenir d'y figurer ?
En outre, le film comporte un grand nombre de plans à l'intérieur desquels la profondeur de champ laisse entrevoir, dans l'encadrement d'une porte ou d'une fenêtre, d'autres personnages, souvent des domestiques.

Autre marque, visuelle celle-là, de la ségrégation sociale.
 
Des motifs. Certains personnages, enfin, sont souvent en représentation, associés à des motifs caractéristiques.

On recherchera quelques-uns de ces motifs : le haut-de-forme que Lord Henry refuse définitivement d'enlever, l'oiseau de Sibyl Vane, l'omniprésente statuette de chat qui justifie enfin le pacte démoniaque de Dorian Gray.



Ce dossier a été réalisé par Francine Fatoux, professeur d'anglais au CNDP et Loïc Joffredo, professeur d'histoire et géographie au CNDP.
 

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