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Knock on Wood

Z et Sarah Knafo : l'Eminence grise ou "grisée " par le pouvoir ?

27 Octobre 2021 , Rédigé par Ipsus Publié dans #Dans L'AIR DU TEMPS, #GEOPOLITIQUE, #Réformes - Relance et Elections

À 28 ans, la directrice de campagne du quasi-candidat s'est construit une trajectoire "no limit

comme sur internet,beaucoup d'articles sont tronqués, j'ai " compilé", comme fit Justinien en 528 .

A chacun de se faire son idée entre la dame de coeur et la dame de pique ?

Familles respectives ont les mêmes racines en Algérie. Éric l'a même aidée à préparer le concours de l'ENA, qu'elle a intégrée en 2018. Se lancer dans la course à la présidentielle avec lui est donc une évidence

De son côté, Mylène, l'épouse d'Éric et la mère de ses trois enfants, préfère rester discrète. Jamais elle n'a apporté son soutien à son mari ailleurs qu'au tribunal, lorsqu'il comparaissait pour incitation à la haine. De son côté, Sarah est prête à prendre tous les coups politiques pour soutenir son favori… ¦

CELLE QUI MURMURE L'OREILLE D' ERIC ZEMMOUR

Sarah Knafo l'accompagne partout. Alors que le polémiste a entamé la tournée de promotion de son livre « La France n'a pas dit son dernier mot », il s'est affiché avec la magistrate de la Cour des comptes lors de ses rendez-vous avec le public comme entre deux séances de dédicaces.

Ambitieuse, influente, elle est devenue, à 28 ans, l'architecte et la cheville ouvrière d'une campagne présidentielle dont ils ont rêvé ensemble

 la conseillère d'Éric Zemmour est le pivot, la cheville intellectuelle d'une course politique parfaitement maîtrisée et prometteuse, au moins dans les sondages

Elle a de l'ambition pour deux. À un ami qui la taquinait récemment en soulignant qu'elle était bien jeune pour devenir secrétaire générale de l'Élysée, elle a adressé illico la copie des décrets qui ne fixent aucune limite d'âge pour ce poste…

Magistrate à la Cour des comptes depuis sa sortie de l'Éna, en 2019 (promotion Molière), elle a déjà un pied dans la politique. Le 17 septembre, elle a officiellement demandé sa mise en disponibilité 

Son premier mentor politique fut, en 2014, Henri Guaino, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, gaulliste tendance souverainiste. Titulaire d'un bac S, spécialité maths, licenciée en économie, elle a été admise au master d'affaires publiques de Sciences po, où elle animait une association eurosceptique baptisée Critique de la raison européenne.

Parmi les orateurs qui y ont défilé, Hubert Védrine, Jean-Pierre Chevènement, Régis Debray, Alain Finkielkraut. Guaino, qui apprécie cette étudiante ayant beaucoup – et bien – lu, l'embauche comme assistante parlementaire.

En 2017, quand il songe vaguement à concourir à la présidentielle, elle l'écoute réfléchir, le voit reculer, puis renoncer.

Peu après, il la croise dans un café proche du Palais-Bourbon où elle s'entretient avec Éric Zemmour .

Zemmour a plus d'ardeur que Guaino. Elle lui apportera sa fougue et son réseau 

Quand Zemmour a rejoint CNews, c'est elle qui lui a proposé de l'aide, rédigeant des fiches sur le nucléaire, l'environnement, la délinquance, mettant à profit la camaraderie des énarques pour compléter ses connaissances, dénicher quelques chiffres utiles

« Si Sarah tient une réunion, pas besoin de valider avec Éric », confie un sympathisant.

Elle l'accompagne à ses rendez-vous, déboule sans prévenir, parle peu.

Le recrutement d'Olivier Ubeda, pro de la communication politique qui fit ses armes avec Sarkozy, c'est encore elle.

Les 23 pôles thématiques d'une dizaine de personnes chacun, son idée aussi. Les quatre militants par département pour collecter les fameuses 500 signatures nécessaires à la candidature officielle, toujours elle. Jusqu'en novembre, Zemmour va sillonner la France pour présenter son livre et roder sa campagne. 

Elle est son bras droit, son oreille, son cerveau opérationnel. Sans elle, assurent plusieurs proches, il n’y aurait pas de quasi-candidat Zemmour. A 28 ans, faussement dans l’ombre, Sarah Knafo est sans doute la plus médiatique et sulfureuse des directrices de campagne. Celle à qui la presse consacre déjà de copieuses et souvent flatteuses biographies, celle dont un photographe de l’AFP a déjà tiré le portrait soyeux, façon Harcourt, dès le mois d’avril.
A travers Eric Zemmour, la jeune énarque a donné chair à une menace électorale d’une radicalité inédite, raccord avec une génération ultra-droitière, la sienne, mettant à la disposition de l’ancien chroniqueur de CNews, condamné pour incitation à la haine raciale, son sens inouï de l’entrisme. Sarah Knafo, plus encore que Zemmour, est un pur produit de ce «système» honni dont elle maîtrise tous les codes pour mieux les transgresser, entretenant une savante proximité tant avec certains journalistes (l’ennemi déclaré, arme au poing, de Zemmour) qu’avec des seconds couteaux macronistes et une palanquée de commis de l’Etat, passés et présents.
Jusqu’à ce qu’un cliché en couverture de Paris Match, plus ou moins volé, ne distille un malaise crapoteux autour du couple que forment la «très proche conseillère» et Zemmour, par ailleurs marié à l’avocate Mylène Chichportich. Une trajectoire «no limit», commente bouche bée un ancien camarade de promo, faite de petites trahisons, de bobards opportuns et de grands paradoxes. A commencer par la décision d’un homme à la misogynie brandie en étendard et au pétainisme assumé de confier les rênes de son destin politique à une femme juive de trente-cinq ans sa cadette.
Parcours météoritique
Les origines du tandem sont nébuleuses. Les portraits de la haute fonctionnaire – nourris par ses propres off bavards, bien qu’elle ait refusé de participer à celui-ci – évoquent des liens depuis une dizaine d’années avec Zemmour, «un vieil ami de la famille [Knafo]». Ils tricotent une mythologie romanesque de racines séfarades communes dans un lointain village berbère algérien, avant que les aléas de l’histoire et de l’exil ne poussent leurs familles respectives vers la France. Des proches de longue date racontent une histoire plus prosaïque : celle d’une lycéenne fan du journaliste, qui se rend avec un livre à dédicacer sur le plateau d’On n’est pas couché, où Zemmour officie de 2006 à 2011. Faute de listings, un attaché de production refuse de confirmer ou d’infirmer la présence de la mineure parmi le public de l’émission qui transformera Zemmour en vedette réac. Mais note que «les chroniqueurs avaient tous des fans venant régulièrement». Quoi qu’il en soit, dès lors, Zemmour et Knafo ne se quitteront plus.
Comme son mentor, elle intègre Sciences-Po. Du fond de l’amphi, l’ambitieuse impressionne plus par son hyperactivité sociale que par ses contributions en cours magistral. «Elle était déjà dans la fabrication de son réseau et de son image, se souvient un contemporain de la rue Saint-Guillaume. Ses photos façon mannequin photoshopée avec des vieux messieurs importants dans les commentaires amusaient dans l’amphi.» Elle intègre une association souverainiste, Critique de la raison européenne (CRE), parrainée par l’économiste Jacques Sapir. La structure a été montée par un jeune de Debout la France, Alexandre Loubet, aujourd’hui directeur de la communication du Rassemblement national. Knafo s’y investit beaucoup, au point qu’elle prétendra ensuite être à l’origine de sa création, pourtant survenue en 2014, un an et demi avant son arrivée.
L’équipe parvient à attirer Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement ou encore Natacha Polony, puis tente le coup avec Florian Philippot et Eric Zemmour – mais pour ces deux-là, l’école fait barrage. A l’occasion d’une de ces conférences, celle qui se revendique alors «séguiniste et bonapartiste» sympathise avec Henri Guaino. Elle racontera plus tard que l’ancienne plume sarkozyste l’a aidée à préparer l’ENA. Ce qu’il réfute : «On a discuté. Comme elle a discuté avec d’autres. On impute ce rôle [de mentor] à beaucoup de gens.»
Adepte du name-dropping pour faire briller son parcours météoritique, Sarah Knafo sème des anecdotes au sujet de personnalités qu’elle aurait impressionnées, d’Hubert Védrine à Jacques Attali, lesquelles se retrouvent citées comme autant de trophées de chasse dans les articles à son sujet. Parfois à leur grand étonnement. Ainsi, Fabrice Luchini aurait été conquis par sa culture : «Sarah Knafo a eu de longues conversations avec [lui] et n’a raté aucun de ses spectacles», dixit Atlantico. Nos sources recyclent la légende : «Il paraît qu’elle l’a corrigé sur une citation de Céline. Depuis, il l’adore.» L’attachée de presse du comédien, qui est aussi son épouse, opte pour l’incrédulité : «Fabrice Luchini répète ses textes au café de Flore et, à ces occasions, échange avec beaucoup de monde. Mais cette personne n’est en aucun cas une connaissance.»
«Quelqu’un qui pensait déjà à sa page Wikipédia»
Prise de distance ou mise à jour d’une affabulation ? Seul point commun entre l’acteur et la conseillère : vers 20 ans, durant une année, elle s’est inscrite aux Cours Cochet, école de théâtre du IXe arrondissement de Paris, dont Fabrice Luchini est sorti, comme Gérard Depardieu. Mais à la différence de ces glorieux aînés, elle suivait les cours du soir. Comme un certain Jean Sarkozy, grand frère de Louis, autre vrai faux intime… «Elle était intéressée par le nom, symbole de pouvoir, raconte une connaissance. Ainsi, elle a pu dire qu’elle dormait parfois chez un président de la République...»
Après une première tentative infructueuse, Sarah Knafo intègre l’ENA en 2018. Durant l’année consacrée aux stages, elle réclame un poste à risque en ambassade. «Elle se voyait raconter comment elle était le dernier rempart de la France face aux barbares… C’est quelqu’un qui pensait déjà à sa page Wikipédia», rigole un camarade de promo. Elle obtient la Libye. Bonne pioche. Peut-être trop : la zone est si dangereuse qu’elle ne quitte pas Tunis, où la représentation française s’est repliée. Elle enchaîne ensuite avec un passage à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, où elle fait une telle impression au préfet Gilbert Payet qu’il rejoindra, en juin 2021, l’équipe de précampagne de Zemmour. Enfin, elle effectue son immersion dans le privé chez Publicis, où l’on ne tient aujourd’hui pas à commenter son passage.
En deuxième année à Strasbourg, Knafo brille d’abord par son absence. Toujours le même leitmotiv : «On la voyait quand il y avait des conférences avec des “décideurs” intéressants pour sa carrière, résume un ancien camarade. Elle n’était pas là pour se couler dans le moule du haut fonctionnaire, mais en recherche d’un tremplin.» Attitude qui lui met à dos une grande partie de ses pairs, plus encore que sa bataille (perdue) pour baptiser la promotion «Bonaparte» plutôt que «Molière». Alors que sécher les cours peut théoriquement entraîner des retenues sur salaire pour les impétrants fonctionnaires, Knafo donne l’impression d’être «protégée», poursuit l’énarque précité. Sa sortie dans «la botte» (les quinze premiers de la promo) qui la propulse à la Cour des comptes, reste source de ressentiment dans la promo, où l’on ne peut s’empêcher de penser que son classement est en partie «gonflé» par la note dithyrambique attribuée par le préfet Payet. Au point que certains s’en émeuvent alors auprès de la direction…
Déjà, à cette époque, Knafo prépare la future campagne de Zemmour. Elle le fait inviter à un pot de jeunes LR, en compagnie de son ami Erik Tegnér, ex-candidat à la présidence de la branche «jeune» du parti et futur fondateur de la chaîne YouTube zemmouriste Livre noir. Dans le même temps, le «polémiste» est chargé de réseauter chez «les adultes» : au printemps de la même année, Zemmour multiplie les rencontres dans les clubs selects de Paris où il se cherche un directeur de campagne plus capé. Sans succès.
Une sorte de double vie
Sur le papier, Sarah Knafo manque d’expérience. A peine a-t-elle participé à la tentative d’Henri Guaino à se présenter à la présidentielle de 2017, puis aux législatives. Le «gaulliste» n’avait pas dépassé le mur des parrainages, n’en obtenant que 33 (contre 500 nécessaires), dont celui de Marine Le Pen. Dans l’équipe, beaucoup imputent l’échec à Knafo, qui se fait alors passer pour une collaboratrice du député qu’elle n’a jamais été. «Elle accaparait Guaino, mais ne travaillait pas, raconte une ancienne attachée parlementaire. Elle ne venait aux réunions que lorsqu’il y avait des journalistes. Elle réfléchit vite mais n’est que dans l’engouement, l’instinct.» Aujourd’hui, quand on évoque l’épisode Guaino avec elle, Sarah Knafo mime une moue d’enfant triste, l’air de dire «le pauvre chou n’était pas à la hauteur».
Dans les soirées strasbourgeoises où la jeune femme apparaît, elle ne parle guère politique, mais ne cache pas ses accointances droitières. «Elle ne “déparait” pas, mais lors d’un apéro, elle a ramené Jacques de Guillebon, raconte un énarque. Quand on a compris qu’il signait les discours de Marion Maréchal, on s’est dit “ah ouais, elle est quand même très à droite !”» Sa relation avec ce rédacteur en chef du mensuel «marioniste» l’Incorrect, revue de «l’union des droites», aboutira à son apparition discrète en une d’un des premiers numéros du magazine, en novembre 2017, où on l’aperçoit de dos, Rolex au poignet. C’est aussi par l’entremise du duo Knafo-Guillebon qu’Eric Zemmour se retrouve en point d’orgue de la «convention» de la droite de Marion Maréchal, deux ans plus tard. Le discours de l’éditorialiste du Figaro, aux accents séditieux, y fera date, et lui vaudra des poursuites pour incitation à la haine, toujours en cours.
Ainsi, pendant longtemps, Knafo mènera une sorte de double vie, entre ses cercles radicaux et le petit milieu parisien des jeunes loups de la fonction publique et des cabinets ministériels. D’un côté, Saint-Germain-des-Prés où elle a refait le monde cent fois, assise sur un banc avec Zemmour ; les bars où elle sort avec une bande très conservatrice, encartée autant au RN que chez LR et vomissant la tiédeur de l’establishment de droite. Parmi eux, Garen Shnorhokian, ami fêtard proche de Charles Gave – financier de Zemmour –, du genre à porter des tee-shirts trumpistes, et qu’on retrouvera durant la pandémie sur les plateaux de CNews en critique de la politique sanitaire gouvernementale.
Au Hibou, l’incontournable plumitif du Figaro Alexandre Devecchio, Stanislas Rigault (futur président de «Génération Z») ou Pierre Gentillet, qui fût conseiller de Thierry Mariani, se mêlent à des membres de la Cocarde étudiante et de l’UNI. On cause «remigration» et on entonne des chants napoléoniens. «Ceux que Sarah réunit aujourd’hui, ce sont surtout des gens très jeunes qui disent : “Je ne suis pas d’extrême droite, je suis nationaliste”», note un ancien député proche de Knafo. Mais dans le sens maurrassien du terme : le “nationalisme intégral”.»
En parallèle, Knafo, décrite par la plupart des gens l’ayant croisée comme «sympathique et brillante», fréquente les soirées de Gaspard Gantzer, l’ex-communicant de François Hollande, où elle fraye avec l’essayiste David Djaïz et quelques macronistes bon teint. A l’instar d’Alexandre Galien, précoce auteur de polar et désormais conseiller de Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, qui, séduit par le bagout de la jeune femme, se retrouve bombardé en quelques mois cofondateur d’Alexandre & Aristote, une association qui entend prodiguer des conseils de lecture à la jeunesse – dont des ouvrages de Zemmour. «Sarah est une excellente lectrice, et son projet tenait la route, précise ce dernier, qui s’est depuis retiré de l’affaire. Je n’avais aucune raison de me méfier, il n’y avait aucun marqueur d’extrême droite dans son discours.» Galien raconte être tombé de sa chaise en découvrant au printemps le rôle de Knafo lors des premiers frémissements de l’hypothèse Zemmour à la présidentielle 2022.
«Elle n’a honte de rien»
L’association n’aura reçu qu’une seule subvention, celle du très droitier maire LR du Blanc-Mesnil Thierry Meignen. Entre-temps, Knafo a déjà commencé à lever des troupes au service de Zemmour. En février 2020, vingt-cinq camarades de la promotion Molière sont invités dans un vaste appartement parisien. Les présents sont estomaqués de se trouver nez à nez avec Zemmour : «Ça ressemblait à une opération de démarchage, un entretien d’embauche géant…» «Le truc saillant, c’est qu’elle n’a honte de rien», élude un collègue de la Cour des comptes. En mars, alors que les restaurants sont fermés, Covid oblige, certains se refilent les captures d’écran d’une «story» Instagram de la haute fonctionnaire intitulé «Passion Napoléon», en direct de l’hôtel de Brienne – lieu des fameux «dîners clandestins» du collectionneur peroxydé Pierre-Jean Chalençon, un autre «bonapartiste» dont les amitiés ratissent large à droite, de Dieudonné à Jean-Marie Le Pen.
«Tu veux rencontrer Zemmour ? Il suffit de demander», aime alors lancer l’énarque à la cantonade. Admirateurs comme contradicteurs de l’ex-journaliste n’ont pas intérêt à lui tourner le dos, cette dernière faisant miroiter une participation à ses joutes télévisées, véritable shoot de notoriété. Ainsi, malgré son ancrage à gauche, le député ex-LREM Aurélien Taché n’a jamais coupé les ponts, et a même enregistré une vidéo pour Alexandre & Aristote. «Elle fait partie de cette jeunesse conservatrice qui s’engage dans la politique avec une fougue romantique qu’on est bien obligé de jalouser, même si l’on en combat les idées», tente-t-il de justifier.
«Il y a toujours eu chez elle ce côté un peu vague, un peu mytho, concède un autre centriste berné. Je sentais qu’il y avait un loup, mais pas que ce loup serait Zemmour !» Un ancien camarade de l’ENA fait mine de s’interroger : «Où s’arrête la pudeur et où commence la dissimulation ? Cela dit, par ses amitiés à Strasbourg, elle était déjà dans l’union des droites…» Référence à la «Casa Bonaparte», surnom de la coloc de Knafo, constituée par Thibault de Cacqueray (aujourd’hui conseiller de Jean Castex), Maxime Thory (désormais maire LR de Montmorency) et Nathan Haïk, fils de l’avocat de Charles Pasqua et de Nicolas Sarkozy.
«Néanmoins, lors d’un barbecue, quand certains ont réclamé un second grill pour les viandes halal, là, elle se rangeait du côté des musulmans pour manger casher !» s’amuse un énarque. Car si Sarah Knafo se réclame de Péguy et de la «culture chrétienne» sous la plume de Devecchio dans un chapitre consacré, déjà en 2016, à la «génération Zemmour» dans le manifeste les Nouveaux enfants du siècle, elle respecte alors le shabbat et coupe son téléphone le vendredi soir. Tradition qu’elle est prête à rompre pour un dîner important, ou, ces temps-ci, un meeting de son candidat. La jeune femme a grandi aux Pavillons-sous-Bois, près du Raincy (Seine-Saint-Denis), dans une zone pavillonnaire relativement cossue où vit une importante communauté juive. Elle effectue d’ailleurs sa scolarité à l’Alliance israélite universelle, une école confessionnelle. Lors de conférences, elle ne manque pas de mettre en exergue cette jeunesse dans le «9-3», symbole d’une ascension sociale et clin d’œil aux juifs banlieusards dont l’angoisse existentielle serait d’être «grand remplacés».
«Le système est loin de lui avoir tourné le dos»
Désormais dans la lumière la plus crue, Knafo a dû sortir de l’ambiguïté. Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, l’a poussée à se mettre en disponibilité de l’institution, ce qu’elle a fait fin septembre. «Avec Zemmour, elle a misé tous ses jetons patiemment accumulés, comme au casino, estime un macroniste qui l’a fréquentée. Pour sa carrière, il n’y aura plus de retour à la normale.» Mise en garde qu’elle a partagée avec un Zemmour en pleine tergiversation : «Quand on se présente à la présidentielle, il n’y a pas de marche arrière possible.»
A l’inverse, un énarque de sa génération estime que «la société française est amnésique». «Regardez les ténors de la droite qui ont commencé dans les groupuscules d’extrême droite, dit-il. Au pire, Zemmour sera son erreur de jeunesse…» Un proche abonde : «Sarah n’est pas en marge, “le système” est loin de lui avoir tourné le dos depuis sa mue.» Un socialiste, rouage clé du quinquennat Hollande, souligne «sa science incroyable du placement, sa capacité de séduction – ça rappelle terriblement Macron». Knafo s’est d’ailleurs servi des «Macronleaks» comme manuel de campagne.
«Elle a cherché longtemps quelqu’un à la mesure de ses ambitions et l’a trouvé en Zemmour, soupire un de ses mentors déçus. J’observe chez eux une forme d’ivresse effrayante et d’immaturité. Elle a participé au fait que Zemmour soit devenu fou. Il n’a plus de limites.» Une connaissance du power couple, comme on dirait aux Etats-Unis, décrit une relation plus déséquilibrée qu’il n’y paraît : «Elle lui a fait faire des choses insensées depuis trois ans, il lui demande son avis pour tout. C’est enivrant pour une fille si ambitieuse. Mais je pense qu’elle prendra le large dès que cette farce présidentielle sera close.»

Derrière chaque homme, il y a une femme. Au fil des années, Sarah Knafo est passée du rôle de protégée à conseillère d’Éric Zemmour. Proche de ce dernier depuis qu’elle a 13 ans, la jeune femme est devenue une personne essentielle au bon déroulement de la campagne présidentielle du polémiste. Une relation particulière qui ne cesse de faire couler de l’encre. Profitant de la présence d’Étienne Girard sur le plateau de Quotidien, ce lundi 1er novembre, Yann Barthès a voulu en savoir un peu plus sur l’incroyable lien qui relie ces deux personnes. Si pour le présentateur, il n’y a pas d’Éric Zemmour sans Sarah Knafo, l’auteur du livre Le radicalisé, enquête sur Éric Zemmour (Éd. Seuil) leur relation est hors du commun. "Fusionnelle, singulière, au-delà d’une relation classique entre un conseiller et un possible candidat, définit-il. C’est du jamais vu".

Une relation exceptionnelle que le journaliste politique n’hésite pas à comparer à celle entre Marie-France Garaud et l’ancien président de la République Jacques Chirac dans les années 1970. À un point près, comme tient à le souligner Étienne Girard. "Sauf que Marie-France Garaud avait 30 ans de plus que Chirac, là Sarah Knafo, elle a 35 ans de moins que Zemmour. Et pourtant c’est elle qui fait tout". Alors que le principal rival de Marine le Pen "fait les idées", la magistrate à la Cour des comptes "fait tout le reste". De l’organisation, à la prise des rendez-vous avec les gens ou encore les préparations des réunions politiques à son domicile, la jeune femme de 28 ans s’impose comme la cheffe de campagne de l’ancien chroniqueur de Laurent Ruquier. Pour le journaliste de l’hebdomadaire Marianne, cela ne fait aucun doute : "S’il n’y a pas Sarah Knafo, il n’y a pas de candidature". Dans chacune des décisions d’Éric Zemmour se cache l’ombre de sa conseillère. De sa participation à "la manifestation pour les policiers" en passant par "ses déplacements" à ses divers engagements, Sarah Knafo "construit tout", conclut Étienne Girard.

La présidentielle, c’est autre chose.

Elle demeure la seule élection qui intéresse les Français.

Y figurer permet d’entrevoir la possibilité d’un destin, de figurer dans les livres d’histoire. Pour Zemmour, qui a été toute sa vie le scribe des aventures des autres, le rejeton maudit de l’élite, lui qui ne s’est jamais totalement remis de son échec à l’ENA, quelle revanche cela constituerait !

Un jour que l’étudiante fait mine d’abandonner la préparation de l’ENA, « Z » la sermonne : « Tu ne vas pas faire ta crise d’adolescence maintenant ! » Elle doit réussir là où il a échoué. Elle y parvient du deuxième coup, en 2016. 

 Parfois, il suffit d’une personne pour dérégler un équilibre subtil, pour envoyer valdinguer un programme calibré.
Dans la vie d’Eric Zemmour, ce grain de sable s’appelle Sarah Knafo.
Ils se connaissent depuis 2007. Sarah Knafo a 13 ans, son père est un ami d’« Eric », qu’elle surnomme parfois « Z ». Trente-cinq ans les séparent. Mêmes origines juives séfarades, même jeunesse en Seine-Saint-Denis, à Pavillon-sous-Bois pour la jeune femme.
L’essayiste lui inculque ses idées, lui fait réviser Sciences po avec succès, la pousse à présenter les concours administratifs. Il est le mentor et elle l’apprentie. « Eric, c’est un monstre », juge Sarah, admirative des aptitudes intellectuelles de son pygmalion. A 19 ans, elle indique sur son compte Twitter se considérer « séguiniste et bonapartiste », comme son maître, pose avec Le Père Goriot, de Balzac, le romancier fétiche du journaliste du Figaro.

Lorsque, début 2021, une palanquée de trentenaires issus des réseaux de Philippe de Villiers et Christine Boutin vient le trouver pour se mettre à son service, le journaliste est mûr.

Lors de la première réunion d’une douzaine de ses soutiens, le 6 avril, au domicile de Sarah Knafo, rue des Saints-Pères, à deux pas de Sciences po, il se dévoile, autour de parts de pizzas.

« Je fais ma mue, et c’est grâce à vous que je vais faire ma mue », commence-t-il.

Interrogé sur le sens de cette candidature, alors qu’il bénéficie d’un grand confort matériel dans sa vie d’éditorialiste, l’essayiste se lance : « J’y vais, parce que je suis fou. »

La phrase que tous attendaient pour y croire. […]

juillet 2021 : « Les élites intellectuelles ont perdu l’esprit de résistance, clame-t-il. Il faut que vous vous prépariez à devenir cette élite patriote.

Nous serons sans doute les seuls à être contre le système. »

Théâtral, l’essayiste annonce la bataille de toutes les batailles :

« Préparez-vous à la tempête. »

Les réseaux
Réunification au restaurant libanais. Ce vendredi 2 juillet 2021, un bataillon de 23 personnes s’engouffre dans une taverne du XVe arrondissement de Paris, spécialisée dans les mets du pays du Cèdre. Autour de la table, il y a une ancienne candidate à l’élection présidentielle, Christine Boutin, 1,19 % des voix en 2002, un expostulant à la primaire de la droite en 2016, Jean-Frédéric Poisson, 1,45 % des suffrages. Et Eric Zemmour.
L’objectif de ce déjeuner est de sceller une alliance entre Via, le nouveau nom du Parti chrétien-démocrate, fondé en 2001 par l’égérie des catholiques conservateurs, et les réseaux du polémiste, en vue de la présidentielle.
Le moment a quelque chose d’un Yalta de la droite hors les murs.
On se jauge, on se dévisage discrètement, mais l’ambiance reste conviviale. Poisson, le président de Via, a fait venir 15 membres de son bureau politique, parmi lesquels Paul-Marie Coûteaux, un des meilleurs amis du journaliste du Figaro, et François Martin, le président de l’association des anciens de HEC actifs dans la géostratégie. Zemmour a convoqué son comité exécutif, sorte de conseil restreint de ses six conseillers les plus importants, dont l’incontournable Sarah Knafo.
Dans le grand partage envisagé, Eric Zemmour a vocation à devenir le candidat de l’alliance à la présidentielle, tandis que Jean-Frédéric Poisson est pressenti pour devenir le patron de la commission d’investiture aux législatives. Autant dire le grand organisateur du futur mouvement. Ainsi, le christianisme politique se retrouvera au cœur de cette nouvelle droite que Zemmour veut bâtir. […]
La plupart des conjurés s’en cachent à peine : la candidature Zemmour, quoi qu’il advienne, doit être l’occasion de purger à la fois le problème Les Républicains, trop mous, et le péril Marine Le Pen, qui vampirise 20 % des voix au premier tour tout en paraissant incapable de s’imposer au second. 

« Soit on sauve la France, soit on sauve la droite », résume parfois son conseiller Antoine Diers. 

Depuis que Paul-Marie Coûteaux les a présentés, dans un restaurant du boulevard Saint-Germain, en mars 2019, Zemmour s’est beaucoup rapproché de Pierre Brochand, directeur de la DGSE, les services secrets français, entre 2002 et 2008. « On échange quasi quotidiennement », reconnaît l’éditorialiste de CNews quand nous l’interrogeons, en septembre 2021.

Zemmour confirme aussi correspondre régulièrement sur sa possible candidature avec Henri Proglio, l’ancien PDG de Veolia et d’EDF. « Ils se sont rencontrés cette année et se sont tout de suite très bien entendus », ajoute leur ami commun Loïk Le Floch-Prigent.

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